Camille Camillo

Published on by Robert Dorazi

Mais pourquoi ai-je liké Camille Britton ?

Encore aujourd’hui, je n’en ai toujours aucune idée. Je crois bien que c’est parce que je n’avais pas bien saisi ce que signifiait ce logo, cette main avec un pouce en l’air. Je croyais bêtement que ça voulait dire « mets-toi ça dans le cul et fais l’avion ! » ou quelque chose comme ça. Et comme je ne parlais pas anglais… Est-ce que c’est important de toutes façons ?

Cette femme (est-ce que je peux vraiment utiliser le mot « « femme ») n’avait rien pour m’intéresser. D’abord elle devait être laide comme un pou parce qu’elle n’avait pas le courage de mettre une photo d’elle-même sur son site. À la place de sa tronche, elle avait dessiné un rond avec une flèche vers le haut et une croix vers le bas.

Ensuite, j’ai lu un peu plus loin, et j’ai compris pourquoi elle ne voulait pas se montrer ! Son nom de baptême ce n’était pas Camille, mais Camillo Britton. Oui, comme le curé, mais sûrement en plus moche.

Lorsque que Camillo était venu au monde, le même jour que moi en 1985, son père lui avait sûrement dit, « tu seras un homme mon fils ! » Il avait dû être fier, son père. J’espère qu’il était mort et enterré aujourd’hui, comme le mien, sinon il se serait sûrement jeté du haut d’un pont !

Ce Camillo là, était la honte des Camillo, puisque ce prénom c’est aussi le mien. Et je refusais que quelqu’un s’en serve pour faire une chose aussi dégueulasse.

Rendez-vous compte ! Tout ce que cette Camille, ou ce faux Camillo, cherchait à faire, c’était de changer de sexe ! Comme si on pouvait claquer des doigts, et se transformer en femme quand on était venu au monde avec tout ce qu’il fallait entre les jambes !

Je n’en croyais pas mes yeux quand j’ai appris que c’était effectivement possible ! Grâce à des médocs, et à la chirurgie.

Je savais bien qu’on pouvait plâtrer une jambe, puisqu’on avait plâtré la mienne quand j’étais encore un môme. Je savais aussi qu’on pouvait couper un bras ou bien enlever un morceau de cerveau quand il le fallait. Mais couper une queue et une paire de testicules, juste par plaisir ! Quelle horreur !

Rien qu’en essayant d’imaginer ce que ce demi Camillo ou cette demi Camille allait faire, j’avais eu envie de vomir. Le monde était devenu fou. On croisait des Camille Britton à chaque coin de rue désormais. À croire que tout à coup, tous les hommes voulaient se transformer en femmes, et inversement (et là c’était encore pire !)

Enfin quoi ! On venait au monde avec une bite ou un vagin, et on faisait avec. Tant pis pour celles qui venaient au monde avec un vagin. Mais ce n’était quand même pas de ma faute ! Qu’est-ce que ça voulait dire, devenir une gonzesse, quand on avait la chance d’être un homme ?

Enfin, je dis ça, mais après tout, ceux qui voulait se faire châtrer, ou se faire pousser des seins tout en s’épilant à la cire, c’était leur problème. Du moment que ces femelles là ne terminaient pas dans on lit, je m’en foutais comme de ma première chemise.

Bon sang, pourquoi ai-je liké Camille Britton ?

Parce que figurez-vous que ce monstre de foire en devenir, avait pensé que j’avais vraiment aimé ce qu’elle écrivait sur son écran (oui, j’avais finalement appris ce que le mot « like » signifiait en anglais, et ça n’avait vraiment aucun rapport avec les avions) et en avait déduit qu’il pouvait prendre ses médocs et passer sur le billard pour son opération. J’ai eu beau lui répondre qu’il me dégoûtait avec ses expériences à la Frankenstein, Camillo n’en démordait pas. Il avait toujours été une femme à l’intérieur, il voulait maintenant que ça se voit de l’extérieur.

Et toutes ces années, quand tu pissais debout, tu avais l’impression d’être une gonzesse aussi ? Et quand tu te paluchais dans ton lit, tu avais l’impression de branler Marilyn Monroe, peut-être ?

Tordu !

Camille Britton prenait le temps de me répondre, alors que personnellement je n’avais rien à faire de lui. D’ailleurs elle ne cessait de me dire que je devais l’appeler Camille, pas Camillo. Que Camillo, c’était moi. Elle, elle était l’autre.

L’autre quoi ?

Et bien, l’autre toi ! me répondit-elle un jour.

Ce jour là, j’ai effacé sa page. J’en avais assez de jouer au con. J’avais mieux à faire. Et surtout je venais de rencontrer Janine. Une fille superbe. Une vraie femme, avec des seins et tout le reste. Une femme qui était une femme depuis qu’elle était sortie du ventre de sa mère.

Quand même, ça avait une autre gueule, non ?

Je croyais en avoir terminé, quand la page de l’autre taré est revenue. Comme ça, par magie. Je l’ai effacée une fois encore. Et une fois encore elle est revenue. Là, j’ai commencé à flipper. J’ai voulu acheter un nouvel ordinateur. Quand j’ai expliqué au vendeur pourquoi j’en voulais un neuf, il m’a regardé comme si j’étais un malade. Il m’a quand même refourgué son ordinateur le plus cher.

Ça n’a rien changé. La page de Camille Britton est revenue.

S’il n’y avait eu que cette page encore, j’aurais pu m’en sortir. Mais quand j’ai trouvé ces étranges médocs dans ma pharmacie, j’ai commencé à vraiment avoir peur. Parce que c’était des hormones femelles, et que j’avais une trace de piqûre sur le bras.

J’ai d’abord pensé que les médocs appartenaient à Janine et que j’avais été piqué par un moustique.

Mais non, Janine ne prenait pas d’hormones femelles puisqu’elle était déjà une femme. D’ailleurs, on s’est encore engueulé à propos de ça. Elle en avait marre de vivre avec un mec qui se comportait parfois comme une vraie gonzesse ! Moi ? Une gonzesse ? Elle devait sûrement avoir ses règles. Elle racontait n’importe quoi.

Alors à qui étaient-elles, ces hormones ? Pas à moi, qu’est-ce que j’aurai pu en faire ?

Camille Britton m’a alors envoyé cet email pour me dire que ces hormones, c’était la première étape pour notre changement de sexe ! Elle ajouta que ça prendrait du temps, mais que ça n’avait pas d’importance. Elle avait attendu trente ans que je me décide, elle pourrait bien attendre un ou deux ans de plus, ajoutant que la vaginoplastie viendrait plus tard et que je m’y habituerais très vite.

Camille Camillo

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