Une forêt juste pour elle. Chapitre 3

Published on by Robert Dorazi

Le meilleur ami d’Alain s’appelait George, et sans lui il est probable que la forêt serait restée à l’était de projet.

George tenait un bar, et ce bar était bien situé, coincé entre un cabinet de dentistes et un salon de beauté. George insistait beaucoup pour qu’on appelle son établissement, un pub, et non pas un bistrot ou un bar. Bien sûr que c’était un pub ! Un pub comme ceux qu’il avait éclusés pendant un court voyage en Écosse qu’il avait fait en compagnie d’Alain. Celui-ci ne voulait pas se retrouver seul à visiter son frère qui s’était installé avec sa petite amie dans la ville d’Aberdeen, dans le nord du pays.

George était revenu avec deux ou trois mots d’anglais, et surtout la ferme idée d’ouvrir son propre pub qu’il appellerait « Glasgow » parce que les clients trouveraient marrant de demander à leurs potes s’ils ou elles voulaient aller faire un tour à Glasgow ! Terminé les bêtises d’adolescents qui l’avaient même envoyé derrière les barreaux pendant trois mois parce que la justice était beaucoup plus tatillonne sur la consommation de cannabis, et un peu sur la revente aussi. Et puis il y avait eu Maude, qu’il venait de rencontrer et qui lui plaisait plutôt bien.

Les choses avaient tourné pour le mieux, et un an plus tard, à eux deux, George et Maude avaient réussi à acheter un ancien magasin de tapis qu’ils avaient transformé, avec l’aide d’Alain, en un endroit convivial où les clients pouvaient consommer de l’alcool légalement. Ils l’avaient donc baptisé « Glasgow » et George était enfin le patron. En tous cas la moitié d’un patron, et dans une vingtaine d’années le pub leur appartiendrait. Pour l’instant il appartenait surtout à la banque. Mais les clients venaient, et l’affaire tournait.

Le pub était bien placé parce que les clients qui arrivaient par le nord passaient rapidement le cabinet des dentistes, tandis que les clients qui arrivaient par le sud profitaient du pub pour observer les femmes (le plus souvent il s’agissait de femmes) qui entraient dans le salon de beauté.

L’intérieur du pub était accueillant comme l’était, dans l’esprit de George, l’intérieur des pubs d’Aberdeen ou de Glasgow qu’il avait testés. Selon lui, on sentait immédiatement la différence entre un pub écossais et un bistrot français. Alain pensait surtout qu’on l’entendait, cette différence !

Le bar proprement dit était un cercle d’acajou ou d’un bois rouge similaire, bien planté au milieu de la salle principale. Des bouteilles, de verres et toutes sortes de bibelots pendaient au-dessus du barman, qui pouvait être George ou Maude. Au mur ocres étaient accrochées quelques photographies et des tableaux noirs et blancs qui représentaient le pont de fer rouge sur la rivière Forth, le château d’Edimbourg ou une vue du Loch Ness. Assez bizarrement, il n’y avait aucune vues de la ville de Glasgow.

Une cinquantaine de clients pouvaient venir s’asseoir dans la salle principale, autour de tables rectangulaires. Une série de quatre escaliers d’une hauteur de quinze centimètres chacun menaient à une autre pièce, plus petite et plus intime avec un écran large encastré dans le mur.

Alain se tenait accoudé au zinc du bar. En fait de zinc c’était plutôt du bois rouge et brillant à force d’être lavé et frotté.

Pour l’instant l’endroit était calme, mais dans une heure ce serait très différent. George ne connaissait pas l’angoisse du bar vide comme certains écrivains trop exigeants craignaient l’angoisse de la page blanche. Il acceptait tous les clients à partir du moment où ils buvaient et mangeaient sans trop se plaindre du menu.

Georges avait le même âge qu’Alain. Ils étaient nés à deux mois d’intervalle, Georges étant le plus vieux comme il ne manquait pas de le rappeler. Fils et petit-fils d’instituteur (puis de maître des écoles quand le mot « instituteur » fut devenu grossier), il avait fait tout son possible pour stopper cette dynastie à la troisième génération. Ce n’était pas qu’il détestait pas les enfants puisqu’il avait déjà une adorable fille avec Maude, sa femme. Mais il ajoutait souvent que son plus grand regret était qu’il ne pourrait jamais lui apprendre à faire pipi debout.

― Comment fait-on pour faire pousser un arbre ? C’est une question stupide, non ?

― Ce qui est bizarre, c’est qu’un type comme toi, qui passes son temps à trimbaler des troncs depuis des années, pose la question. C’est comme si moi je te demandais comment on met la bière en bouteille !

Et George se servit une pression sur son compte.

― Comment est-ce qu’on met la bière en bouteille ?

― Et qu’est-ce que j’en sais, moi ! Je l’achète en baril, banane. En revanche j’ai une fille, et je sais comment je l’ai plantée dans la foufoune de leur mère. J’imagine que c’est la même chose avec un arbre.

― Tu veux dire qu’il va falloir que je nique un arbre femelle pour lui faire une ribambelle de petits ? plaisanta Alain.

― Tu peux toujours essayer, mais aïe, aïe, aïe !

Maude revint dans la salle, son ventre rond la précédant de quelques centimètres. Dans ses mains elle portait deux assiettes chargées de frites et de poisson. Dans ses yeux elle portait un message pour son barman de mari qui disait : c’est moi qui fais tout ici !

George ne s’en formalisa absolument pas et envoya un baiser à sa femme. Le baiser se perdit en route.

― Cette fois, ce sera un gars ! affirma t-il. Rien qu’à voir son ventre, ce sera un gars. J’ai lu ça dans un magazine de meufs. Tu peux me croire. J’adore ma petite Claudine, mais cette fois, ce sera un gars.

― C’est toi le spécialiste du plantage de graines ! répondit Alain. Bon, je vais y aller. Je vais encore aller réduire quelques arbres en purée. Et oui ! Je suis le docteur Jeckyl et le mister Hyde de Château-Vieux.

La première chose qu’on remarquait en approchant du site de Loukian qui abritait les installations de la papeterie, on ne le remarquait ni avec les yeux ni avec les oreilles. C’est le nez qui parlait. Même si PapEco était une papeterie de taille modeste comparée à d’autres, elle utilisait les même recettes. L’odeur soufrée enveloppait les neuf ou dix hectares du site en cercles concentriques de plus en plus concentrés au fur et à mesure qu’on approchait du centre. Même les employés les plus aguerris ne pouvaient pas faire abstraction de l’odeur. Elle finissait par imprégner les vêtements et puis la peau. On reconnaissait facilement un ouvrier de PapEco. Ceux qui avaient le meilleur odorat, pouvaient même dire quel poste de travail tel ou tel employé occupait le plus souvent

Le bruit régulier et sourd des tambours écorceur était une autre marque de fabrique de PapEco. Ces énormes cages de hamster tournantes faisaient tourner et s’entrechoquer les troncs découpés comme de vulgaires allumettes géantes. La peau de l’arbre était arrachée au reste du tronc qui finissait ainsi nu et prêt pour être transformé en pâte à papier. Avec le temps on finissait par ne plus l’entendre, ce bruit.

L’écorce déchiquetée, elle, embarquait sur un tapis roulant puis finissait sa vie dans les feus de Landru, l’énorme incinérateur qui avait reçu ce sobriquet plus que douteux au tout début, lorsque l’usine s’était implantée sur le site.

Depuis sept ans qu’il travaillait sur le site, Alain en avait déchargé des rondins ! Et combien en avait-il condamné au tambour ! Plus qu’il ne pouvait les compter. Et tout ceci sans aucun remord. Jamais aucun remord. S’il avait été un meurtrier de masse, d’autres que lui avaient tenu la tronçonneuse ! Au pire, lui n’était qu’un nettoyeur, celui ou celle qui venait une fois le crime commis, et qui se contentait de faire disparaître les cadavres et de faire disparaître les indices compromettants. Il était devenu très doué pour ça.

Pour l’instant des centaines de troncs, ou de branches tordues aux diamètres très disparates, étaient arrangés en stères sur une partie du site prêts à être transformés.

En les voyant, Alain, pour la première fois depuis qu’il travaillait à la papeterie, essaya de compter rapidement ces rondins pour avoir un chiffre à la louche. Le nombre astronomique auquel il arriva lui donna le vertige.

― Tu rêves ?

C’était Olivier, un collègue qui maniait la grue comme personne. Lui aussi en avait déversé des tonnes de bois mort sur le tapis roulant. Lui aussi était un « nettoyeur. »

― Non, pas vraiment. Au boulot, mon gars. Debel veut qu’on fasse l’inventaire. Il faut que tout soit clair et net pour recevoir les inspecteurs. Au fait, n’oublie pas de demander autour de toi pour mes arbres.

― J’oublie pas, répondit Debel. Et puis avec deux ou trois copains on a prévu d’aller sur ton terrain organiser une « creusement partie ! » On vient de l’inventer. Ce sera comme un barbecue, sauf qu’en plus on creusera des trous entre deux bières et deux steaks hachés.

― Alors ça c’est une bonne idée, répondit Alain. Une très bonne idée. Mais ce serait bête de mettre le feu en grillant des steaks hachés.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, on faisait aussi du feu dans une papeterie. Beaucoup de feu. Et pas vraiment pour se chauffer. Une énorme chaudière servait donc à incinérer les écorces et tout ce qui n’entrait pas dans la fabrication de la pâte à papier mais qui était resté accroché aux arbres. Parfois même on incinérait des choses qui n’étaient pas faites de bois, que ce soit un pigeon mort tombé sur le tapis roulant qui menait à la chaudière, ou un pied de cochon avec lequel l’un des employés avait voulu faire une petite expérience. Rien, pas même les os, n’avait été retrouvé dans les cendres.

La chaleur n’était pas perdue puisqu’elle procurait une force motrice qui servait aussi à faire tourner la papeterie. Au moins en partie.

L’incinérateur avait donc reçu son nom de baptême des années plus tôt. Depuis elle allait par le doux nom de Landru. Elle aurait pu s’appeler Vulcain ou Héphaïstos si elle avait été baptisée par un amoureux de la mythologie grecque ou romaine. Mais tout le monde l’appelait Landru. Probablement parce que celui ou celle qui avait trouvé le nom connaissait un peu plus les faits divers de la rubrique criminelle du début du vingtième siècle, Ou bien tout simplement c’était la dernière plaisanterie d’un mari malheureux en ménage qui rêvait un peu.

Toujours est-il que Landru réduisait l’écorce en fumée par centaines de kilogrammes à la fois. Les cendres qui s’accumulaient et devaient être nettoyées à intervalles réguliers. C’était aussi l’une des tâches d’Alain et de certains de ses collègues. Surtout les plus jeunes, ceux qui venaient de rejoindre PapEco.

Lorsque la porte s’ouvrait, ce n’était pas l’enfer, mais ça pouvait être bien chaud. Et peu d’employés mâles de PapEco portaient des moustaches.

― On devrait quand même trouver une autre façon d’utiliser ces écorces, non ? demanda Gremillon. Tu ne vas pas me faire croire qu’un petit génie ne pourrait pas nous pondre une idée farfelue pour faire fortune ! Avec les tonnes qu’on trimballe.

― Si tu penses à quelque chose qui pourrait nous rapporter des millions, tache de ne pas oublier les copains ! lui rappela Alain. En attendant, c’est Landru qui commande et qui mange.

― Landru ne grossit pas, n’a jamais mal au dents, ne dit jamais non. Chênes, pins, bouleaux, pigeons ou chiens écrasés, tout lui va. Une femme parfaite, annonça Gremillon.

― Landru, c’était un mec ! précisa Joyon.

― Ah bon ? Merde alors. Dire que j’étais prêt à acheter la bague de fiançailles.

Des « creusement parties », il y en eu beaucoup après cette première fois de Debel. Les convives ne furent pas toujours complètement propres, mais l’un dans l’autre, ce fut une aubaine. Alain insista seulement pour qu’un compte précis lui soit indiqué au cas où des arbres seraient plantés.

Le plus souvent cela se passait entre la fin du printemps et le milieu de l’été. Et ceux qui creusèrent des trous ne firent pas toujours preuve de constance en ce qui concernait les distances, et les alignements ne furent pas toujours respectés. Alain s’en rendit compte assez vite, mais il l’accepta facilement. Et puis Julia aurait apprécié un peu de liberté dans les dimensions et dans les lignes.

George fut moins magnanime. Un jour il ne put s’empêcher de mettre les choses au point.

― On voit qu’ils ont le compas dans l’œil, tes copains ! À mon avis, ils ont creusé après avoir éclusé les bières ! Regarde-moi ça. C’est pourtant pas compliqué. Trois pas à gauche, trois pas à droite, trois pas devant ou trois pas derrière ! Bon sang, même ma Claudine saurait faire ça. Ils savent pas compter jusqu’à trois, tes copains de la papetière.

Alain le laissa râler.

― La papeterie, corrigea t-il avec tact. Je suis certain que Claudine pourrait compter trois pas dans un sens ou dans l’autre. Mais les arbres seraient vraiment trop serrés si on mesurait avec ses pas à elle. On rattrapera ça la prochaine fois.

Et effectivement, ils rattrapaient ça la fois suivante, cinquante centimètres plus à gauche ou trente centimètres plus en avant. Bien sûr, Alain n’oubliait jamais de noter, dans son petit carnet, le nombre d’arbres plantés. Et une fois rentré chez lui, il faisait de même. Il ajoutait autant de petits points verts sur le plan collé au mur de son salon. Il se prenait vraiment au jeu. La forêt poussait devant lui, devenait une réalité aussi bien à l’échelle 1/100 que sur le terrain de Bauxieu-en-Lys.

Et il savait pourquoi il faisait ça.

À force de voir son mari partir sur les routes en compagnie d’Alain et de sa vieille remorque, Maude eut envie tout de même de voir de ses yeux ce qui pouvait sortir de ces allers et venues. Elle demanda donc à visiter la forêt en question. La première fois fut une déception. C’était environ un an et demi après le début de cette étrange aventure forestière.

Le temps était bien clément pour un début de mois de Mai, et le lundi, le Glasgow était fermé l’après-midi. De son côté, Alain travaillait de nuit cette semaine là, comme cela arrivait une semaine sur trois ou bien lors d’arrivages supplémentaires de bois. Il n’avait aucun problème avec le travail de nuit puisqu’il n’avait, la plupart du temps, personne à dorloter, ni femme ni enfants. C’était bien triste, finalement, de n’avoir aucun problème à travailler de nuit.

Ainsi donc toute la famille Crespin était là. Claudine, l’aînée des deux filles, déjà haute comme trois pommes, était tout habillée d’une robe rouge à bretelles, et ses cheveux bruns étaient partagés en deux par des couettes. Elle marchait devant avec George, essayant par moment de clouer son ombre que le soleil étalait sur le sol. À quatre ans les lois de la physique étaient bien embêtantes quand elles vous empêchaient de vous débarrasser de cette chose noire, très grande et très plate qui vous suivait, ou bien vous précédait, partout où vous alliez sans invitation !

Alain, lui, portait dans ses bras Océane, sa robe, ses souliers et son chapeau de laine blancs. Océane qui avait presque un an, et à qui son père ne pourrait pas non plus apprendre à faire pipi debout, malgré ce qu’avait dit ce magasine féminin sur la forme du ventre et le sexe de l’enfant à naître. Ce serait pour la prochaine fois, disait-il, avant d’ajouter « saloperie de magasine ! »

Maude fut déçue par ce qui n’était encore qu’un gros bosquet d’arbres plus ou moins bien alignés et maigrichons pour beaucoup d’entre eux. La plus grande partie du terrain était encore juste un terrain vague.

― Ça fait seulement dix huit mois, dit Alain. Ça prend du temps. Mais tout ça va grandir, grossir.

― En dix-huit mois, moi, j’ai fait Claudine et Océane ! répondit Maude avec fierté. Tu devrais y penser aussi.

― Dis ! Si je me souviens bien, pour ces deux là, moi aussi j’ai mis la main à la pâte ! grommela George. Et laisse-moi aussi te dire, maman, que pour ce qui est des arbres, il faut d’abord creuser le trou avant de planter !

Maude soupira. Heureusement que les filles étaient trop jeunes pour comprendre ses allusions obscènes.

― Et puis, si on y pense bien, dans la grossesse, les femmes ne font que les neuf derniers mois, ajouta Alain perfidement.

― Oh mon dieu ! C’est fini, oui ? On dirait vraiment deux gosses. Viens Océane, viens avec maman.

Ils marchèrent au milieu des arbres, Claudine en tête, donnant ici et là quelques coups de pied chaussés de petites bottines rouges. Les feuillages étaient déjà bien denses mais pas encore assez pour masquer le ciel. Le sol était déjà bien différent à l’intérieur. Les feuilles qui étaient tombées l’hiver précédent l’avaient déjà nourri et coloré. Les mousses prenaient déjà leur aise et continueraient à le faire sans que personne ne les arrête. On ne marchait plus sur un champ mais sur un autre monde.

― Tu crois qu’il y aura des champignons ? demanda George.

― Sûrement. Il y aura même la sauce qui va avec et, avec un peu de chance, du bœuf bourguignon, plaisanta Alain.

Claudine s’arrêta soudainement en poussant un petit cri, Elle alla se blottir contre le pantalon de son père qu’elle agrippa de toutes ses forces.

― Qu’est-ce qui se passe, mon ange ?

― Il y a une bête ! Là, près de l’arbre blanc. J’ai vu une grosse bête.

En fait de grosse bête, c’était un hérisson. Voyant qu’il ne pourrait pas échapper `à sa poursuivante toute habillée de rouge, le petit mammifère épineux s’était roulé en boule, enfouissant son museau et son ventre.

― C’est rien, ma puce, la rassura George. C’est un gros hérisson. C’est gentil un hérisson, tu sais. Tu peux le prendre dans la main si tu veux.

Mais Claudine, d’un signe frénétique de sa tête, signala qu’elle ne prendrait jamais un monstre pareil dans la main. Le hérisson la mangerait toute crue ! Elle ne pouvait pas savoir que du point de vue de cette boule ronde, le monstre c’était elle.

― Tu veux le caresser ?

Non, fit Claudine de la tête une fois encore. Mais c’était un « non » moins net, moins définitif.

― Viens le caresser avec papa.

Claudine accepta donc d’imiter son père et posa sa main un peu tremblante sur les épines.

― C’est chaud ! s’écria t-elle en la retirant immédiatement. C’est chaud.

Pour la petite Claudine de quatre ans, tout ce qui n’était pas doux et agréable au toucher était « chaud » puisque ses parents l’avaient mise en garde contre les brûlures. Les enfants avaient le don de rendre les choses simples.

― Au moins, s’il n’y a pas de champignons, il y aura des châtaignes ! dit Alain en désignant deux arbres devant eux.

― Et le père Noël aura l’embarras du choix pour accrocher ses cadeaux, ajouta Maude en pointant du doigt plusieurs épicéas.

― C’est vrai qu’on a pas mal de sapins… touristes, confirma George. Il faut croire que ces arbres là veulent voyager plus que les autres.

Claudine s’était approchée d’un saule qu’elle devait trouver à son goût car elle en fit le tour deux fois comme si elle cherchait quelque chose.

― Claudine, allez viens, l’appela sa mère. On va rentrer.

Claudine ne répondit pas immédiatement, mais au contraire refit le tour de l’arbre plus rapidement en riant. Puis elle perdit l’équilibre et tomba par terre.

― Ta robe ! Tu vas être toute sale, la gronda Maude.

George la releva puis la hissa jusque sur ses épaules.

― Allez, princesse. On y va !

Ce jour là, Claudine apprit que les hérissons étaient chauds et que le père Noël devait laisser des cadeaux même aux enfants qui vivaient dans les forêts. Elle parla aussi, pendant un temps, de l’ami imaginaire qu’elle avait rencontré.

Une forêt juste pour elle. Chapitre 3

Published on ufjpe

Comment on this post