L’unité de "Je suis Charlie" déjà fissurée !

Published on by Robert Dorazi

On parle beaucoup de liberté d’expression en ce moment. Des tas de juristes plus ou moins vérifiés nous donnent la définition pénale de l’apologie du terrorisme, etc… mais des qu’on demande pourquoi untel peut tout dire sans jamais être inquiété pendant qu’untel ne peut pas ouvrir la bouche sans être aussitôt mis en garde à vue ou envoyé devant les tribunaux, là les choses deviennent subitement plus compliquées. C’est aux juges de décider, nous dit-on. Et comme les juges sont humains, forcément, leurs décisions sont humaines. Comme on le dit souvent, l’Histoire est écrite par les vainqueurs. En ce moment on se dit que les jugements pourraient tout autant suivre le même chemin. On ne me fera pas croire que les juges ne sont pas sous pression pour taper fort. On ne me fera pas croire que lorsqu’une ministre, garde des sceaux, demande une sévérité accrue dans les poursuites pour apologie du terrorisme, elle ne donne pas des instructions directes alors que le gouvernement a toujours dit qu’il n’intervenait pas dans les décisions de justice.

Aujourd’hui on apprend par exemple que P. Tesson a dit « «Ce qui a créé le problème, ce n’est quand même pas les Français. […] D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité sinon des musulmans ? On le dit ça ? Et ben moi je le dis !» Et il ajoute : «C’est pas les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ? Il faut le dire, quoi !»

Or, pour l’instant au moins, on ne parle ni de garde a vue, ni de plainte pour racisme ou pour incitation à la haine. Et ce n’est pas sa première sortie du genre. Bien sûr ça va venir quand les associations vont réagir, mais ça donne du grain à moudre à celles et ceux qui pensent, peut-être à tort, que les limites de la liberté d’expression sont à géométrie variable.

Une autre chose qui risque de briser ce bel élan de sympathie envers Charlie Hebdo, c’est que depuis 24 heures maintenant, on assiste à la montée de ce qu’on pourrait appeler une « reprise en main » par les différents cultes, du problème du blasphème. Le Pape s’y met en disant qu’il ne faut pas insulter la foi, le vice-président du CFCM dit qu’il est inadmissible de refaire une caricature du prophète Mahomet en couverture du dernier numéro de Charlie Hebdo. Même Delfeil de ton s’est crû obligé d’y aller de son petit couplet sur la prétendue irresponsabilité de Charb ! On se croirait revenu deux cents ans en arrière !

Mais alors, tout ce qu’on a entendu depuis quelques jours à propos de « Je suis Charlie », c’était du pipeau ? Nous ne sommes déjà plus Charlie ? On va désormais commencer à entendre que finalement c’était de leur faute ? Quelle déception ! Quelle tristesse !

L’unité de "Je suis Charlie" déjà fissurée !
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