Houellebecq et l'uchronie

Published on by Robert Dorazi

Donc le nouveau Houellebecq sort juste au moment ou un attentat, peut-être perpétré par des islamistes, fait au moins douze victimes au siège de Charlie Hebdo, dont une grande partie de l’équipe éditoriale et deux policiers.

Charb, cabu et Volinski sont morts. Et le journal avec eux, plus que probablement. Les menaces ont donc fait place aux véritables armes, celles qui massacrent les chairs. L’onde de choc va durer longtemps. Ce n’est pas un 11 Septembre français, mais l’attentat se produit dans un contexte vraiment malsain.

Entre les polémiques Zemmour et Houellebecq, l’une déjà bien entamée, l’autre en bourgeonnement, bien malin qui pourra dire ce qu’il va en ressortir. Probablement pas « la punition sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie» comme l’a twitté D. Voynet comme si elle se positionnait pour le prix Nobel de la paix 2050. A mon avis, ceux qui ont fait ça n’ont pas l’intention de rester vivants bien longtemps, et les policiers qui les pourchassent ne prendront pas de risques.

Mais pour en revenir à Houellebecq, une nuée de critiques littéraires plus ou moins auto-proclamés ont déjà commencé à saturer les journaux et Internet de papiers élogieux ou complètement immondes sur ce roman. Parce qu’il faut leur rappeler à ceux là, que contrairement à l’essai de Zemmour, le livre de Houellebecq est un roman. Une fiction. C’est pas vrai…

Je dis ça parce que ce matin en entendant la chronique de Birnbaum, le directeur des livres du Monde ou plutôt du Monde des livres (donc un critique auto-proclamé) qui a dit avoir eu la nausée et la révolte en lisant Houellebecq, je me suis dit qu’être directeur du Monde des livres ça ne devait pas être bien compliqué. Bon Houellebecq se moque comme de sa première cigarette ou de sa première dépression de tout ce qu’on peut dire sur lui ou sur son bouquin, mais je me suis demandé ce qu’a pu ressentir ce même J. Birnbaum en apprenant ce qui venait d’arriver. Je me suis demandé aussi ce qu’il avait pu ressentir en voyant les caricatures de Charlie Hebdo il y a quelques années. Parce qu’elles étaient au moins aussi dérangeantes que le livre de Houellebecq. Je me suis demandé s’il avait lu le Complot contre l’Amérique de P. Roth (dont on dit qu’il a mérité le Nobel plusieurs fois), l’auteur outre-Atlantique qui imaginait un futur ou Lindberg était élu président à la place de Roosevelt et faisait un pacte de non aggression avec Hitler ! C’est quasiement ce qu’on pourrait appeler une uchronie par anticipation en littérature, c’est à dire un futur alternatif qui ne s’est pas déroulé ou ne se déroulera pas. C’est pour de faux…

Houellebecq a simplement écrit une uchronie par antcipation (parce qu'il ne faut pas un immense effort pour imaginer qu'Hollande ne sera pas en situation de remporter une nouvelle election en 2017.) C’est pour de faux aussi….

Si maintenant les romanciers doivent donner un résumé des livres qu’ils/elles veulent écrire, à un comité de censure, il faut le dire carrément ! Et dire qu'on nous parle de liberté d'expression!

Le plus rassurant dans tout ça c’est encore qu’Internet, avec tous ses défauts, a au moins la vertu de rendre totalement dérisoire les critiques de tel ou tel au profit d’un jugement plus vaste qui fait le tri au moins aussi efficacement.

Vive la liberté d’expression, la vraie, celle qui n’existe plus vraiment ici.

Houellebecq et l'uchronie

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