Hey Charlie, et maintenant?

Published on by Robert Dorazi

Hey Charlie, et maintenant?

Nous étions nombreux dans les rues hier. Pas seulement en France, mais dans beaucoup de pays. La liste serait trop longue. Les journaux annoncent que près de 4 millions de personnes ont manifesté dans les rues de France. Pour une fois, il n’y a pas eu de querelles de chiffres entre la police et les organisateurs. Et d’ailleurs, d’organisateurs il n’y en avait pas. Ou bien alors ils étaient légion.

Il est simplement bien triste que cette manifestation gigantesque soit le résultat des attentats survenus mercredi et jeudi.

Malgré la venue de chefs d’états, dont certains ne méritaient certainement pas ce titre tellement ils sont loin de l’idéal auquel se référait la marche d’hier (je dis « ils » parce que je crois que ceux là sont tous des hommes), il n’y a eu aucune échauffourée, aucun débordement si ce n’est des débordements d’émotions. Près de 4 millions d’hommes et de femmes ont pu marcher côte à côte sans problème.

Ces quelques chefs d’états qui ne méritent pas leur titre étaient invités parce que hier, nous étions tous « Charlie » pour quelques heures, ils avaient été invités parce qu’ils devaient l’être. Demain ils retourneront chez eux, écraser leurs « Charlies » sans qu’on ne dise quoi que ce soit. Ou si peu.

Mais c’était déjà hier. Aujourd’hui, et demain encore plus, la grande question qui se posera sera : et maintenant ?

Et maintenant, que faire de tout ça ? Parce que ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une gigantesque manifestation se produit au lendemain d’un attentat. Il y en a eu plusieurs, mais celle à laquelle tout le monde pensait, c’était celle du 11 septembre 2001. Les hommes et les femmes du monde entier aussi ont défilé. Ils ont aussi crié « plus jamais » ou « nous sommes tous américains » ou bien « nous sommes tous des être humains ». C’était il y a un peu plus de 13 ans. Et sur quoi cela a t-il débouché ?

Et bien malheureusement sur la guerre en Irak sur des prétextes fallacieux, qui a elle-même débouché sur le chaos au moyen orient, qui a débouché sur Al Qaeda, puis sur la naissance de l’état islamique, et enfin la mort de 16 personnes en France le 7 janvier 2015.

Bien sûr la France ne déclarera pas la guerre à l’Irak, ni à aucun autre pays. Donc cette question est réglée. Après le 11 septembre 2001, il y a eu aussi le Patriot act. Là, on commence déjà à parler d’un Patriot act à la française. Ce serait déjà une erreur parce que ce genre de loi n’aurait strictement rien empêché. Les trois terroristes qui ont frappé en France étaient archi connus, déjà condamné pour deux d’entre eux, et avaient le profil type des candidats au djihad. Si ces trois là ont pu passer, alors c’est à désespérer des services de renseignement.

En fait, s’ils étaient connus, c’est surtout le manque de moyens humains et financiers pour les surveiller qu est criant. Parce que c’est sûrement le seul moyen d’empêcher quelque chose à l’avenir. Vous pourrez fermer toutes les frontières que vous voudrez, ces trois là étaient français, vivaient en France et n’ont eu besoin, pour autant qu’on le sache aujourd’hui, d’aucune aide extérieure pour massacrer froidement16 personnes.

Charb et les autres sont morts pour quelques dessins, pour avoir utilisé leur droit le plus élémentaire d’expression. C’était déjà trop pour certains fanatiques. Les mêmes probablement qui avaient menacé Véronique Sanson il y a 25 ans quand elle avait écrit sa chanson « Allah.» Cette fois là, après les menaces qu’elle avait reçues, Sanson avait décidé de ne plus chanter cette chanson et d’annuler ses spectacles. Charb, Cabu, Volinski et les autres avaient continué. Ils ont payé le prix fort.

Les hommes politiques de tous les bords et de tous les pays démocratiques (on ne compte certainement pas sur les autres) ont une responsabilité énorme. Ils feraient bien de réfléchir longtemps et correctement pour ne pas rater le coche cette fois.

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