Note... or not?

Published on by Robert Dorazi

Depuis quelques jours un débat comme on les aime en France, c’est à dire un peu con, agite les journaux et peut-être aussi un peu le ministère de l’éducation. Faut-il abolir les notes à l’école. Car aujourd'hui, tout ce que la France compte de grands cerveaux en est certain: la raison pour laquelle les enfants sont mauvais en classe c’est parce qu’ils sont noté(e)s.

La note est destructrice, elle brime l’enfant en développement. Elle est, au mieux, inutile, et au pire, coupable de tous les échecs scolaires depuis qu’elle existe (la note.)

Comment le sait-on ? Et bien à vrai dire c’est comme la science infuse. On le sait et il n’y a donc aucune raison d’en douter. D’ailleurs c’est bien démontré par les classements comme le classement PISA. La France est mal placée, les élèves sont moyens quand on les compare aux élèves d’autres pays. Or la France note ses élèves, c’est donc que les notes sont responsables. C’est imparable comme logique imaginaire…

Soit dit en passant, à chaque classement PISA la France est mal placée, et à chaque classement PISA les gouvernements successifs nous disent que ces classements ne valent rien ! Mais juste au cas où, on va quand même s’en servir pour essayer de faire passer des réformes plus ou moins inutiles.

On nous cite toujours un pays du Nord, type Finlande, en nous disant « voyez, pas de système de notation en Finlande, et les élèves finlandais font mieux que les nôtres… » Là encore, logique imparable et totalement biaisée. Mais il faut bien dire quelque chose!

On pourrait aussi ajouter que la Suède fait moins bien que la France dans les classements internationaux, et qu’il y avait un système d’évaluation (pas de note) du type IG (insuffisant), G (passable), VG (bien) et MVG (très bien.) Et puis les Suédois ont réalisé que ce système ne donnait finalement pas les résultats escomptés puisque le niveau général baissait. Ils sont donc revenus à un système de lettre A, B, C…F. Ils ne font toujours pas très bien ! En plus ils ne notaient qu’à partir de la 4ème, et comme là encore ça ne marchait pas vraiment bien, les Suédois ont décidé de noter à partir de la sixième… Finalement, ce n’est pas aussi simple qu’on voudrait nous le faire croire.

Mais, au lieu de prendre la Finlande, on pourrait tout aussi bien prendre les systèmes asiatiques qui sont bien plus compétitifs que le nôtre, et qui sont mieux classés que la Finlande aussi… Pourtant non, on ne le dit pas, puisque ça fout en l’air l’argument selon lequel la note est seule responsable. La Belgique note sur 100, et pourtant est mieux classée que nous au dernier classement PISA. Même chose pour la Corée du Sud et le Japon qui trustent les meilleures places ! Les Pays Bas notent de 1 à 10 et sont mieux classés que nous. Les USA, en revanche, ne notent pas en chiffres, mais donnent des lettres, et sont moins bien classés que nous ! Mince !

On ne dit pas non plus que les classes des pays du Nord sont moins surchargées que les nôtres, on ne dit pas que les élèves français sont ceux qui reçoivent le plus d’heures de cours comprimées dans le moins de journées par an. On ne parle jamais des évaluations des enseignants tout au long de l’année dans ces pays, alors que ça n’existe pas chez nous. On ne parle pas de toutes les autres différences qui pourraient expliquer nos problèmes bien mieux que cette note, paraît-il immonde !

On dit « il y a trop d’élèves sous la moyenne, donc annulons la moyenne. Tout le monde sera content… ». On fait comme d’habitude, quoi. Alors qu’il suffit de réfléchir un peu et de se rendre compte qu’une note ne sert qu’à donner aux élèves un coup d’œil rapidement visible sur ses connaissances à un moment particulier. On pourrait même les garder secrètes, ces notes, si ça fait si peur ! De cette façon il n’y aurait plus de classement, puisque ce mot seul fait honte. Ça me fait penser à ce qui s’est passé il y a quelques années avec les mots « inculpation » ou « inculpé ». Cette dénomination avait été jugée trop humiliante parce que le mot « inculpé » montrait trop sa racine linguistique avec le mot « coupable. » C’était trop stigmatisant pour celui ou celle qui était inculpé(e.) On l’a donc remplacé par l’expression « mettre en examen. » Du coup aujourd’hui, celui ou celle qui est mis(e) en examen est tout autant stigmatisé que celui ou celle qui était inculpé(e) il y a quinze ou vingt ans ! Ainsi les notes chiffrées créent un « classement » artificiel qu’il convient de supprimer en utilisant dorénavant des sortes de « paliers ». Donc bientôt on aura des classements par paliers tout aussi stigmatisants pour ceux qui pensent encore que les notes peuvent stigmatiser…

En fait le débat n’est là que parce qu’une loi va passer et que le ministère a déjà décidé que les notes, ce reliquat du passé « rance » ne devaient plus se mettre entre chaque élève et le futur électeur de gauche ou le futur consommateur. Les notes introduisent un biais puisqu’elles semblent dire qu’un élève peut être meilleur qu’un autre en mathématique ! Elles disent aussi que les garçons obtiennent de moins bonnes notes que les filles, et donc que les filles et les garçons sont différents. Or ce n’est pas vrai puisque les filles et les garçons, c’est la même chose. Les notes c’est mal. Bien sûr, lorsqu’un ou une ministre souffrira d’une pathologie grave, il ou elle demandera à être soigné(e) ou opéré(e) par le meilleur chirurgien (en général celui ou celle qui aura obtenu les meilleures notes à l’école puis à l'université…) Il ne faut pas exagérer non plus, l'égalité a ses limites!

Et puis, sans note, pas de classement possible dans une classe, donc plus besoin de bourses au mérite. Ce qui tombe bien puisqu’elles ont été supprimées (ou sont en passe de l’être.)

Vous voyez, il n’y a que des avantages à supprimer les notes. Mais vous remarquerez tout de même que les ministres ne parlent pas de supprimer les différences de salaires. Par exemple un ou une ministre gagnera toujours 5 fois le salaire d'un smicard. Ce qui semble signifier qu'un ou une ministre vaut 5 fois mieux qu'un smicard. Voila une échelle de valeurs qui pourrait humilier les smicards, non? C'est donc mal. Il faudrait que tout le monde gagne la même chose parce que sinon c'est très mal...

Note... or not?

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