Hiver Minimus et le Fantôme de la Grotte Perdue

Published on by Robert Dorazi

Voici le début de la cinquième aventure (et dernière pour le moment) d'Hiver Minimus. Le jeune sorcier va etre confronté à des épreuves encore plus ardues que d'habitude. Il devra par exemple replonger au royaume des sirènes pour en rapporter une dangereuse éponge de Callysporgica, apprendre à utiliser un chiffon Schrodinger pour nettoyer une chaine fantôme, et aider un fantôme Ecossais à retourner vivre dans son chateau.

Penché sur le comptoir de glace du petit restaurant où il avait amené Hiver pour faire la plonge, Surgelo lisait avidement l’un des articles du Pôle Déglacé, le meilleur journal sur la banquise 46. Lorsqu’il eut terminé il relut l’article une seconde fois, puis jeta un coup d’œil à la date : Les nouvelles ne dataient que de deux semaines. Comme toujours le Pôle Déglacé avait fait vite. Décidément ils étaient forts ces journalistes !

― Hiver ! appela t-il. Hiver !

― J’arrive ! Qu’est-ce qui se passe, p’pa ?

― Tu voudrais bien être un bon fils pour ton vieux papa et me rapporter mon briquet ?

― Bien sûr. Où est-il ? demanda Hiver.

― Figure-toi que je l’ai laissé tomber au fond du Puits des Trolls. J’ai été vraiment maladroit. Mais c’est le meilleur briquet pour allumer une pipe sans faire fondre toute la maison. Tu voudrais bien aller le chercher ?

Surgelo essaya de mettre sur son visage le sourire le moins hypocrite possible.

Hiver, lui, ne fut pas très emballé à l’idée de retourner au Puits des Trolls.

― Tu es sûr que tu ne préfères pas que j’utilise ma baguette magique ? Ce serait plus rapide.

― Ah non ! s’écria Surgelo en levant brusquement ses bras devant son visage. Tu laisses ta baguette là où elle est.

― J’avais presque oublié ! répondit Hiver. Est-ce que tu as encore mal aux cheveux ? Je ne l’ai vraiment pas fait exprès. Mais dis-donc, ça brûle vraiment bien le cognac !

Surgelo serra fort ses deux mains de peur qu’elles n’aillent serrer la gorge de son fils, et ses dents crissèrent une fois encore.

― Eh bien je vais aller le chercher ! dit Hiver. Mais ne dis rien à maman ! Elle ne veut plus que j’aille du côté du Puits.

― Promis ! Je ne dirai rien, mais alors vraiment rien, à Frigida. Et puis les trois frères Mortel sont en prison, alors le Puits est tout à fait sûr maintenant. Vas-y avant que ta mère ne revienne.

Hiver sortit donc, et prit la direction du Puits des Trolls en se demandant à quoi pouvait bien ressembler un briquet. Dans le même temps Surgelo prit la direction opposée pour rentrer chez lui. Il rencontra Frigida qui semblait bien inquiète.

― Je viens de lire dans le Pôle Déglacé que les trois frères Mortel avaient été libérés de prison pour bonne conduite, dit-elle. C’est incroyable non ? Comment un troll pourrait-il bien se conduire ?

― Les frères Mortel sont libres ? Euh… Non je ne savais pas, dit Surgelo en jouant la surprise. Comme c’est embêtant !

― Ils ont juré de se venger d’Hiver. Il vaudrait mieux rentrer au plus vite. Je ne suis pas tranquille de le savoir tout seul. Tu sais qu’il traînait souvent du côté du Puits. C’est sûrement là que les frères Mortel iront voir en premier !

― Qu’est-ce qu’Hiver irait donc faire du côté du puits ? demanda Surgelo

Il continua à marcher d’un pas léger en compagnie de Frigida jusqu’à leur maison. Il reçut un premier choc en découvrant Hiver attablé avec un pot de crème méduse glacée dans une main et une louche dans l’autre.

Le second choc fut plus rude encore quand Surgelo posa son regard sur le canapé du salon.

― Qu’est-ce que c’est ? QU’EST-CE QUE C’EST ? bégaya Frigida, au bord de l’évanouissement.

― Ah! P’pa ! Je n’ai pas retrouvé ton briquet. Tu es sûr que tu l’avais perdu au Puits des Trolls ? En tous cas les frères Mortel étaient revenus. Et Pétarmouillet n’était pas content de me voir. J’ai dû l’assommer, et comme je ne savais pas quoi en faire, je me suis dit que vous, vous sauriez. Il faudrait peut-être appeler les gardes pour qu’ils viennent le rechercher.

Surgelo et Frigida étaient trop choqués pour pouvoir répondre. Hiver avait amené un troll à la maison ! De toutes les créatures qu’il aurait pu ramener, il avait choisi la pire ! Et cette monstruosité était en train de ronfler la bouche ouverte. Il avait déjà bavé plusieurs litres d’un liquide gluant. Le divan était ruiné.

― Ramène-le là où tu l’as trouvé, lui ordonna Frigida. Et ne dis rien. Non ! Pas un seul murmure, pas un bruit. Ne cligne même pas des yeux. Je t’ai dit de ne pas cligner des yeux ! Jette ce troll hors de mon salon, c’est tout !

Hiver écouta en gardant les yeux grands ouverts, sans comprendre ce que cela avait à voir avec un troll. Mais Frigida avait souvent de drôles d’idées et Hiver n’était pas pressé de savoir si oui ou non il pouvait maintenant éviter les éclairs à têtes chercheuses.

Il remit le troll sur sa luge de glace, et Bouledeblanc les tira jusqu’au Puits. Une fois arrivé, Hiver jeta le troll dans une crevasse et compta sur ses doigts. Après six doigts, il entendit un bruit sec. Et selon madame Floconneux, qui enseignait la physique du Pôle Sud, une chute qui durait six doigts voulait dire que le fond du trou était situé cent quatre vingt mètres plus bas pour un sorcier des glaces, et trois cent soixante mètres plus bas pour un troll. Elle savait que les trolls tombaient deux fois plus vite que les sorciers des glaces.

― Eh ! Toi, en bas ! Tu ne sais pas voler ?

Mais le troll ne pouvait pas répondre. Il était trop occupé à dégager sa tête qui était enfoncée jusqu’aux épaules dans le sol.

*

Il ne faudrait pas croire que les sorciers des glaces de l’Antarctique passent leur temps à sauver le monde des griffes de Garr Gorr, à rechercher des Cristaux de Gertabor, à rendre amnésique un Mage Servile ou à empêcher des trolls de planter des pépins de pommes bleues !

Non ! Il leur arrive aussi de se détendre en faisant une partie de Guilgo. C’est un jeu tellement simple que même Bruton connaît les règles.

Il se joue tout seul ou à plusieurs, sur un terrain de n’importe quelle couleur, et par n’importe quel temps. Il suffit de connaître la formule magique qui permet de faire voler une boule de glace de la taille d’un ballon de football. Mais comme vous le savez, on les appelle des boules de Guilgo.

Puis il suffit, avec les boules de Guilgo, de bien viser et d’atteindre un cube de glace qu’on appelle le lubikon. Pendant qu’un des joueurs fait marcher sa baguette magique pour envoyer une boule de Guilgo, les autres, s’il y en a, peuvent utiliser la formule de l’évitement pour faire bouger le Lubikon. Mais ils n’ont le droit de le faire que si le joueur qui lance la boule utilise sa baguette magique de la main droite. S’il utilise la main gauche, les autres n’ont que le droit de souffler sur le Lubikon pour le faire bouger.

Si un oiseau passe et attrape la boule de Guilgo, le lanceur a le droit de lancer une seconde boule, ou bien de tirer sur l’oiseau. S’il choisit de tirer sur l’oiseau, les autres ont le droit de bouger le lubikon sans pénalité. Mais ils doivent alors le faire à cloche-pied. Si le tireur abat l’oiseau, il a le droit de récupérer sa boule et marque un point. S’il rate l’oiseau, le tireur marque dix points et les autres doivent l’embrasser ou lui donner un quart-de-coquillage.

Le gagnant, ou la gagnante (mais bien sûr les garçons sorciers des glaces gagnent toujours), est celui qui marque le plus de point, celui qui a gagné le plus de quart-de-coquillage, ou celui qui reste quand tous les autres sont partis.

Je vous l’avais dit, les règles sont très simples, enfantines.

― Il manque un joueur ! dit Mikimiki. On ne peut pas faire une bonne partie de Guilgo à quatre. Bouledeblanc ne connaît pas les règles même si elles sont si simples que même un troll pourrait les comprendre.

Inutile de dire que Bouledeblanc fut bien vexé d’être comparé à un troll ! Enfin quoi ! Qui était le meilleur aux échecs ? Hein ? Qui ?

Il fut d’ailleurs si vexé qu’il s’éloigna pour noyer son chagrin d’ours polaire dans l’océan encombré de morceaux d’icebergs.

― On va vraiment devoir chouer à quatre maintenant ! dit Bruton en regardant Bouledeblanc s’éloigner.

― Peut-être pas, répondit Hiver.

Il désigna alors un point rouge et une masse brunâtre au loin.

― Regardez qui arrive !

Tout le monde reconnut Blizarion, même à cette distance. Ça ne pouvait être que lui puisque le Père-Noël ne venait plus depuis ce petit incident avec ses rennes !

― Je n’arrive pas à voir qui tire son traîneau, dit pourtant Lorepure. J’aimais bien son ancien troupeau de grenouilles velues. Et on s’est bien régalé, non ?

Bruton et Mikimiki furent d’accord avec elle pour une fois.

― Ne parle pas si fort ! dit Hiver en lui faisant les gros yeux. Mais c’est vrai que ton gnome cuisine bien les cuisses de grenouilles.

Le point rouge grossit, et prit la forme d’un traîneau au fur et à mesure que Blizarion se rapprochait, crinière au vent. Par contre, la masse brunâtre qui le tirait prit la forme de… petites boules de poils bruns et sautillants !

Hiver Minimus et le Fantôme de la Grotte Perdue

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