Martin Contremage. Chapitre 2

Published on by Robert Dorazi

Pour trouver le village de Toupourlamagy, c’est tout simple ; C’est tout droit ! Sauf au départ, quand il faut slalomer pour éviter les moutons sauvages, puis à mi-chemin quand il faut serpenter sur la route étroite qui mène au sommet de la falaise Tremblante, et vers la fin, après le sixième zig de la rivière Saiche. Là, il faut tourner deux fois à droite et une fois à gauche… Ou peut-être le contraire. En tous les cas il faut tourner sinon on va droit dans la mer.

Alors après avoir bravé le vent, la pluie et quelques fantômes de pique-niqueurs, on peut lire :

Toupourlamagy

16 Km avec de la chance

Huit kilomètres plus loin, les plus téméraires qui ont osé continuer sans se perdre, peuvent apercevoir un second panneau :

Toupourlamagy

7 Km la semaine dernière

Celui qui a planté ce panneau à cet endroit n’était pas très doué pour les mathématiques parce que huit kilomètres plus loin se dressent enfin trois arches de pierres dont la plus grande est gravée l’inscription suivante :

Toupourlamagy

Fabriquant d’instruments magiques depuis

très très longtemps

Au-dessus de cette inscription on peut voir un dessin formé par le croisement d’un balai et d’un bâton. Les quatre triangles délimités par ce « X » contiennent chacun un autre dessin.

En haut, ce dessin représente un chaudron. À gauche il représente une harpe, à droite un livre et enfin, en bas, une sorte de pelote de fil. Le « X » lui-même est inscrit dans un ovale qui fait penser à un miroir. C’est le blason du village de Toupourlamagy qui s’étend derrière ces arches. Ce blason représente les sept instruments magiques originels.

Toupourlamagy est construit à l’ombre d’une montagne en forme de demi-pneu. Un petit village où il est tout de même facile de se perdre dans une des quatre vingt treize rues, ruelles, impasses, croissants et autre allées qui le traversent.

Les choses ont bien peu changé tout au long des siècles à en juger par l’allure ancienne de nombreuses maisons. Certains bâtiments ont des formes étranges, comme cet énorme cube aux reflets métalliques, ou cette autre bâtisse qui ressemble à un mikado géant entouré de tipis indiens géants eux aussi. Sans parler de cet impressionnant escalier qui relie les deux parties du village, et que les habitants appellent Milpierre.

Quelques-uns des hommes et des femmes que l’on croise dans les rues de Toupourlamagy portent une cape ou un chapeau pointu. On pourrait les prendre pour des sorciers. Mais quoi de plus normal. Après tout, n’est-ce pas ici que sont fabriqués depuis très très longtemps les instruments magiques ?

La plupart des habitants portent pourtant des vêtements normaux. Quelques-uns ont même leur nom brodé au-dessus d’un dessin qui représente l’un des symboles dessinés sur le blason au-dessus de l’arche d’entrée.

L’avenue principale du village, l’avenue des Charmes flous, mène à une large place au centre de laquelle se dresse la statue de pierre d’une femme très jolie dont les longs cheveux tombent sur ses épaules comme une cape.

Lorsqu’un Moktou, un homme ou une femme du monde extérieur incapable de tisser le moindre vêtement magique ou de conjurer le moindre sortilège, s’interroge sur le nom de cette femme, il y a toujours un magipurlien pour lui répondre qu’elle s’appelait Maã Ra Jik et qu’elle était l’habitante la plus célèbre de Toupourlamagy. La légende dit même que si l’on passe la main sur sa statue, on peut être transformé en magicien. Beaucoup d’hommes et de femmes ont du être tentés car la statue est tellement lisse qu’une araignée aurait du mal à l’escalader !

À Toupourlamagy, les Moktoux peuvent aller et venir librement. Ils peuvent admirer presque tout ce qui leur plaît, à part une large bâtisse qui ressemble à un château du moyen âge. Ce château est interdit au public pour cause de travaux, comme l’expliquent vingt panneaux écrits dans vingt langues différentes. Et ceux qui ont visité Toupourlamagy plus d’une fois (il doit y en avoir) pourraient vous dire que ces travaux durent vraiment depuis très longtemps !

C’est pourtant toujours un plaisir de repartir avec un balai volant aux délicieux poils de réglisse, de manier une baguette magique au bon goût de pistache ou de regarder son visage déformé dans un miroir enchanté même s’il ne vous dit pas que vous êtes la plus belle.

Et puis ce n’est pas très cher, alors les parents aussi sont contents !

En somme, rien de bien particulier ne semble se passer à Toupourlamagy.

Pourtant c’est bien ici, et dans une petite poignée d’autres endroits dans le monde, comme Tuttipermaggio, Sekessamagikissi ou encore Tatamajikado, que les vrais sorciers venus des quatre coins de la planète viennent se procurer les chaudrons magiques, les balais volants, les miroirs aux pouvoirs fabuleux et autres ustensiles de sorcellerie.

Et ces sorciers viennent munis du précieux document qui les autorise à se procurer les Dikaras de leur choix (c’est le véritable nom des baguettes magiques, des miroirs ensorcelés, des chaudrons étranges et bien sûr des grimoires qui contiennent les formules magiques depuis tellement longtemps.) Ce document est tout à fait impossible à falsifier car il est délivré par des sorciers incorruptibles qui travaillent au BBBBRRRRRR, le Bureau Bénévole Brièvement Bleu de Remise Régulière de Récépissés et de Refus Raisonnablement Rapides.

On comprend facilement pourquoi même les sorciers frissonnent en prononçant cette adresse !

Les magipurliens, eux, font ce qu’ils sont les seuls à pouvoir faire ; ils arrachent au néant ces Dikaras (à Toupourlamagy personne n’utilise le mot « fabriquer » qui est un terme très vulgaire quand il s’agit de Dikaras) et reçoivent quelques menus services de la part des sorciers en échange.

Bien sûr, il faut donner le change aux Moktoux pour qui Toupourlamagy est ce village situé à l’écart du monde, où des habitants quelque peu farfelus prétendent inventer de nouveaux balais volants ou des miroirs aux pouvoirs fabuleux.

Personne n’a jamais soupçonné ce qui se passait vraiment à Toupourlamagy. Même lorsque cette célèbre photographie vieille de cent ans au moins et floue, d’une sorcière filant sur son balai, fut publiée. La photographie fit le tour du monde mais personne ne la prit au sérieux et elle fut oubliée.

Toupourlamagy est rarement fermé. Pourtant, en ce jour ensoleillé, la lourde grille qui ferme l’entrée a été descendue. Un événement très sérieux se prépare. Aujourd’hui c’est la Fête de la Poussière Nobilia !

Cette fête n’a lieu qu’une fois tous les quinze ans, et c’est pendant cette fête qu’on récolte la poussière enchantée qui a fait la renommée de Toupourlamagy chez tous les vrais sorciers.

La Fête de la Poussière Nobilia a eu lieu durant des siècles sans qu’aucun incident ne vienne la troubler. Mais aujourd’hui personne encore n’imagine que Mortimer est sur le point de changer cela !

Martin Contremage. Chapitre 2

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