Martin Contremage. Chapitre 1

Published on by Robert Dorazi

Je vous livre le premier chapitre de Matin Contremage et le Vol de l'Albatros. C'est le premier tome de la série dont je vous ai parlé il y a quelque temps. Vous pourrez lire le livre entier en ebook ou en papier sur Amazon.

On dit qu’il faut commencer une histoire par le commencement. Mais c’est parfois difficile lorsque ce commencement se trouve si loin dans le passé.

Le plus simple est donc de débuter cette histoire avec Mortimer Cabot, environ onze années en arrière, au moment où un raclement sourd venait de chatouiller ses oreilles décollées.

― Si tu crois que tu vas pouvoir m’avaler aujourd’hui, tu rêves ! cria-t-il en direction des tentacules de sable qui s’élevaient péniblement au-dessus du sol. Est-ce que j’ai l’air aussi bête ?

Les tentacules retombèrent lourdement, et le sable-gastronome redevint ce qu’il était la plupart du temps, une flaque de sable. Les sables-gastronomes étaient peut-être dangereux, mais ils étaient aussi très lents.

Pourtant lorsqu’il s’aventurait de ce côté de la Haie (le mauvais côté !), malgré les ordres, Mortimer n’oubliait jamais ce jour où il avait été happé par un de ces sables ensorcelés. C’est Zelda qui l’avait sorti de ce piège. C’est elle aussi qui l’avait retenu quand il avait voulu replonger pour récupérer ses chaussures et la moitié du pantalon qu’il venait de perdre.

― Mort ! Je t’offrirai une autre paire de chaussettes à ton prochain anniversaire, lui avait-elle dit entre deux fou-rires.

Mortimer regrettait ce rire, même quand Zelda se moquait parfois de lui, même si elle l’avait empêché de récupérer la barre de pâte de fruit bleue cachée dans la poche de son pantalon, et même si elle avait été la seule à oser l’appeler Mort !

Mortimer avait presque vingt ans, mais son visage aux joues creuses semblait à peine sortir de l’adolescence. Les poils ne poussaient pas beaucoup sous son nez, et ses cheveux noirs étaient coupés ras. Il trouvait ça parfait.

Il ne pouvait pas en dire autant de ce jour d’été ! D’ailleurs la semaine entière s’était mal passée.

Lundi, il pensait avoir perdu la clé de son appartement. Heureusement qu’il avait laissé la fenêtre ouverte !

Le jour suivant, alors qu’il essayait de chasser une abeille, il avait mis le feu à la chemise qu’il repassait avant d’aller retrouver Caroline. Heureusement cette chemise ne lui appartenait pas. Mais Narcisse, qui la lui avait prêtée, voulait le provoquer en duel depuis !

Et mercredi, l’impensable s’était produit quand Edgar Contremage, le barman, l’avait appelé à la Potion Fumante, la taverne du village. Un groupe de sorciers débutants avait fêté la première baguette magique de l’un d’entre eux. Et dans ce genre de réunions, les sorciers oubliaient facilement qu’il était absolument interdit de lancer des sortilèges à Toupourlamagy. Alors Mortimer avait beaucoup de travail à la Potion Fumante. Il avait d’ailleurs beaucoup de travail tout court. À croire que les sorciers se moquaient bien des règles et des interdits de Toupourlamagy !

Mais Mortimer était le maginettoyeur, et il devait faire son travail. Et son travail consistait à débusquer et à piéger les infectilèges, ces résidus des sortilèges que les sorciers n’avaient justement pas le droit de conjurer à Toupoulamagy !

Il ne lui avait pas fallut très longtemps pour repérer l’infectilège qui s’était caché sous le flipper. Le reste n’aurait du être qu’un jeu d’enfant pour quelqu’un qui avait le don premier, et déjà de l’expérience. Mais voilà que la clé que Mortimer croyait perdue deux jours plus tôt était tombée de l’ourlet de son pantalon où elle s’était cachée. En rebondissant su le parquet, elle avait produit un petit air de musqiue au moment même où il allait piéger l’infectilège. Mortimer le tenait presque au creux de sa main, et c’était un moment où la moindre distraction pouvait être désastreuse. N’importe quel maginettoyeur vous le dirait. Par chance l’infectilège était minuscule, de la taille d’un petit grain de gros sel, et lorsqu’il explosa c’est tout juste s’il fit plus de bruit qu’un pétard. Il aurait à peine roussi la moustache de Mortimer s’il en avait eu une. Ce ne fut pas suffisant bien sûr pour provoquer ce fameux ouragan magique que tout le monde rêvait secrètement de voir un jour. Mais tout de même, ce fut humiliant pour un maginettoyeur de la classe de Mortimer !

Edgar l’avait renvoyé sans ménagement en prononçant une série de mots à faire rougir une gargouille, se plaignant qu’il devrait remplacer le flipper qui, désormais, bondissait dans tous les sens en lançant des boules dans toutes les directions.

Pourtant, aussi désastreux qu’avaient été ces événements, le pire s’était produit le lendemain, lorsque Mortimer avait appris qu’il n’avait pas été sélectionné pour la Fête de la Poussière Nobilia de samedi, une fête qui n’avait lieu qu’une fois tous les quinze ans !

Comment Jasmine avait-elle pu lui faire ça ? Maintenant il lui faudrait attendre quinze ans pour avoir une autre chance. Et dans quinze ans il aurait… il aurait environ… Enfin, dans quinze ans il serait vieux. Peut-être même n’entrerait-il jamais dans le Château de Sort pour y récolter la Poussière aux pouvoirs magiques !

Aussi lorsque samedi fut arrivé, Mortimer n’eut pas le cœur d’assister à la cérémonie. Et comme souvent lorsqu’il était contrarié, il marcha jusqu’à la rue des Trolls, tourna à droite après le Couloir du Hasard, et longea l’allée des Enchanteresses. De là, on apercevait le petit labyrinthe vert et la Haie qui dépassait. C’est vers là qu’il se dirigea.

Il y avait cinq ans déjà que Mortimer avait découvert le mot de passe qui permet de traverser la Haie. De vraiment la traverser ! Personne ne connaissait le nom de celui qui avait traversé le premier. C’était peut-être une première d’ailleurs, et cela resterait un mystère. Personne non plus ne savait comment ce premier ou cette première avait découvert le mot de passe. Mais depuis ce jour, plusieurs magipurliens avaient visité l’autre côté de la Haie. Quelques-uns parmi ceux là n’étaient jamais revenus. À Toupourlamagy on évitait de parler d’eux.

Rien de bon n’était jamais sorti de l’autre côté de la Haie, disait-on, sinon pourquoi existerait-elle ? Rien de bon n’en était jamais sorti, et il n’y avait vraiment aucune raison pour que cela change aujourd’hui !

Aujourd’hui justement, Mortimer avançait en regardant autour de lui et surtout en scrutant le ciel bleu. C’est sûrement de là que viendrait le feu-follet s’il venait. Le chemin étroit et sinueux était bordé de Mohrderirs, ces buissons pourpres, hérissés d’épines hilarantes que Mortimer évita. Il enjamba un filet d’eau noirâtre qui sortait de sous un rocher à gauche, traversait le chemin puis replongeait et disparaissait sous un autre rocher à droite.

Le paysage environnant était un mélange d’herbes hautes séchées par la chaleur de l’été et de rocs. Alors qu’il marchait le nez en l’air, une main tendue devant ses yeux pour ne pas être aveuglé par le soleil, Mortimer faillit trébucher.

― Pyrus ! Ne reste donc pas dans mes jambes ! cria-t-il à l’étrange animal qui l’accompagnait. Et surtout, ouvre bien l’œil ! N’importe lequel ! Si un feu-follet vient à se poser dans les environs, je ne veux pas le rater. Il y a trop longtemps que j’attends d’en voir un de près !

L’animal que Mortimer avait appelé Pyrus, ressemblait au croisement entre un chien et un crocodile. Son corps et sa longue queue étaient presque entièrement recouverts d’écailles. Mais son museau ressemblait à celui d’un chien avec des oreilles pendantes et une figure impassible.

La première rencontre entre Pyrus et Mortimer avait été un choc. Un choc surtout pour Mortimer parce que tout ce qu’il connaissait de cet animal, c’était quelques croquis noirs et blancs qu’il avait vus dans un livre écrit par Tricobert Dalembourg, le grand savant dont le portrait était accroché au mur du salon chez Agatha Lamark, la maman de Caroline.

Dans ce livre, intitulé « Vous ne me croirez pas mais ils ont existé », Dalembourg avait répertorié les animaux qui avaient vécu à Toupourlamagy.

Malheureusement Tricobert Dalembourg avait beau être un grand savant, il était vraiment mauvais en dessin ! Aussi il fallait beaucoup d’imagination pour reconnaître les animaux qu’il avait décrits dans son encyclopédie.

Et à la page quarante quatre de « Vous ne me croirez pas mais ils ont existé », Dalembourg avait représenté un des ancêtres de Pyrus avec trois pattes, une oreille et trois yeux. C’est uniquement grâce aux trois yeux que Mortimer avait reconnu l’animal !

Pyrus était un Canicrodilosaure, et tout le monde savait bien que les Canicrodilosaures avaient disparu trente siècles auparavant ! Pourtant Pyrus sembla bien vivant au jeune Mortimer quand celui-ci traversa la Haie la première fois et que l’animal, déjà impressionnant par sa taille, se mit aussitôt à le poursuivre d’un air affamé.

En s’enfuyant Mortimer lâcha son sac d’école et renversa tous les carnets de présence de la promotion Envoûtement qu’il contenait.

Quand il revint à Toupourlamagy et expliqua qu’il avait perdu ces carnets de l’autre côté de la Haie, il reçut un nombre d’heures de retenue record. Ce nombre fut même doublé quand Mortimer expliqua que les carnets avaient été dévorés par un animal mort depuis des centaines d’années !

C’était pourtant bien ce qui c’était passé. Les carnets avaient tous terminé au fond de l’estomac du Canicrodilosaure qui les avait engloutis l’un après l’autre comme s’il n’avait jamais rien mangé d’autre. De ces carnets il ne restait rien d’autre que le nom de l’imprimerie qui les vendait ; l’imprimerie du Père Pyrus.

Après une marche d’une dizaine de minutes pendant lesquelles il renifla plusieurs fois une odeur familière, Mortimer aperçut ce qu’il cherchait.

― La voilà !

Il se dirigea alors vers une souche d’arbre sur laquelle un lézard bleu réchauffait son ventre et ses deux têtes. L’animal se redressa comme un éclair, adressa un bras d’honneur à cet intrus qui venait le déranger, puis s’enfuit.

― C’est bon signe ! La dernière fois qu’un lézard à deux têtes m’a insulté comme ça, j’ai gagné l’Anneau Glissant de Tatamajikado.

Mortimer frotta son bras pour chasser quelques démangeaisons puis sortit de sa sacoche un paquet enrobé dans un papier brun et une enveloppe.

Sans prendre garde à Pyrus qui le regardait avec un air de mendiant, il s’agenouilla et cogna trois coups sur la souche. Deux nœuds dans les nervures du bois s’ouvrirent comme l’auraient fait deux yeux. Puis une énorme bouche difforme se dessina sous ces deux nœuds-yeux.

― C’est pour quoi ? prononça une voix caverneuse.

Mortimer ne répondit pas mais, d’un geste vif, fourra le paquet et la lettre à l’intérieur de la bouche. Dans le même temps, il récupéra une autre lettre qui s’y trouvait.

― Sciure de bois ! Je me suis encore fait avoir, dit la voix.

Il y avait presque trois ans maintenant que la souche se faisait régulièrement « avoir » de cette manière.

Bien ! pensa Mortimer quand il vit que le paquet qu’il avait rangé au même endroit deux semaines auparavant n’était plus là.

La souche reprit son apparence normale. Mortimer essuya la poussière qui la recouvrait puis il s’assit.

Pyrus vint se coucher près de lui.

Les jambes maigrichonnes de Mortimer flottaient dans son short. Il secoua la tête et fit claquer sa langue sur son palais plusieurs fois en s’apercevant qu’une de ses chaussettes était bleu et l’autre noire. Il s’épongea le front et but une longue gorgée d’eau. Il n’oublia pas de remplir une feuille-gobelet qui avait poussé à ses pieds et Pyrus vint se désaltérer. L’animal avala le tout et recracha la feuille-gobelet.

― Ça fait du bien, non ?

Mortimer scruta le paysage et d’aussi loin qu’il s’en souvienne, il n’avait jamais vu de fruits sur les arbres squelettiques qu’il apercevait. Leur bois était noirci, craquelé et certains laissaient couler un liquide malodorant qui empêchait toutes les autres plantes de pousser autour.

Il ouvrit la lettre qu’il venait de récupérer et commença à la lire. Il la lut et la relut avant de la remettre dans sa poche sans faire attention à Pyrus qui s’agitait.

― Plus tard ! J’ai bien l’impression qu’on ne verra pas encore de feu-follet aujourd’hui.

Pyrus articula un son qui ressemblait à un long soupir et plongea son museau sous ses pattes.

― Quoi ? Toi non plus tu ne crois pas aux feux-follets ?

Pyrus soupira encore une fois.

― Il n’y a pas de raison. Après tout, avant de te rencontrer ici, je pensais moi aussi que les Canicrodilosaures avaient complètement disparu. C’était écrit à la page quarante quatre.

Cette fois Pyrus releva la tête et fixa Mortimer de son œil rond unique. Il avait dû perdre les deux autres dans une bagarre avec une des créatures qui vivaient ici. Mais ses yeux finiraient bien par repousser. Les Canicrodilosaures pouvaient faire repousser presque n’importe quelle partie de leur corps. C’était bien pratique, sauf pour celui qui dessinait un Canicrodilosaure dans « Vous ne me croirez pas mais ils ont existé » et qui le décrivaient avec trois pattes et une seule oreille.

Mortimer renifla une fois encore, puis ressentit de nouveau quelques démangeaisons. Il sembla surpris cette fois, et tourna la tête à droite et à gauche. Mais rien ne lui parut plus anormal que d’habitude, alors il haussa les épaules et n’y fit plus attention.

― Quand je frissonnais comme ça, ma grand-mère disait que j’étais hanté par les fantômes des fourmis que j’avais écrasées, dit-il en direction de Pyrus. Pourtant je faisais toujours attention à l’endroit où je posais mes pieds. Je n’en ai pas écrasées beaucoup. Parole de maginettoyeur ! Mais j’étais encore un enfant et je ne savais pas encore que j’avais le don premier.

Mortimer profita de ces quelques minutes de repos pour relire une dernière fois la lettre qu’il avait trouvée à l’intérieur de la souche. Puis il sortit de sa poche un objet rectangulaire un peu plus long que la paume de sa main et large comme deux doigts.

― On a bien mérité une petite friandise.

Il déplia délicatement l’emballage sur lequel était écrit « barre Grignoble » et commença à mâcher la pâte bleue qui se trouvait à l’intérieur. Il grimaçait à chaque bouchée tandis que Pyrus s’agitait en tournant sur lui-même.

― Un peu de patience ! Laisse-moi d’abord vérifier si j’ai gagné.

Lorsqu’il eut ingurgité le dernier morceau, Mortimer fixa l’intérieur de l’emballage qu’il tenait à bonne distance de Pyrus. Un mot apparut en rouge.

PERDU

― Pas de chance. Ce sera pour une autre fois.

En deux ans il avait déjà collectionné le Bouclier Peureux de Olwizcomyr, l’Anneau Glissant de Tatamajikado et le Volant Étrangleur de Tuttipermaggio. Encore quatre et il possèderait la famille complète des Sept Dikaras Ratés. Alors il pourrait réclamer la récompense.

Mais puisque aujourd’hui l’emballage était devenu inutile, Mortimer le tendit à Pyrus qui, comme tous les Canicrodilosaures, ne mangeait presque rien d’autre que du papier. Que ce soit l’emballage d’une pâte de fruit nauséabonde ou dix-neuf carnets de présence.

Pyrus se précipita sur ce papier parfumé à l’aluminium qui était son plat favori. Il avait bien meilleur goût que le simple papier et était plus croustillant que le carton.

Mortimer commença à déballer la seconde barre Grignoble qu’il venait de retirer de sa poche. Deux barres signifiaient deux fois plus de chances de gagner même si cela signifiait également deux fois plus de cette pâte à avaler.

Il n’eut pas l’occasion d’y goûter. L’éclair qui allait lui faire oublier toutes ses déceptions de la semaine traversa le ciel comme Une flèche de feu, bleue et rouge, tourbillonna quelques secondes au-dessus de la cime des arbres avant de plonger vers le sol.

― C’en est sûrement un ! C’est sûrement un feu-follet. Vite Pyrus ! Il n’est pas tombé très loin.

Les feux follets ne vivaient jamais longtemps une fois posés sur le sol. Le terrain était pentu à cet endroit et Mortimer dut grimper et se faufiler entre les plantes et les orties en s’aidant de ses mains.

Pyrus avait perdu deux yeux mais il avait encore ses quatre pattes et avançait plus vite. Il trottait avec la tête tournée sur le côté pour que son œil encore intact puisse voir où il se dirigeait. Malgré ça, il se cogna à plusieurs reprises aux rochers environnants et quelques-uns unes de ses écailles se détachèrent sous le choc. Elles furent englouties par les taupes-poissonnières qui s’enterrèrent en un clin d’œil aussitôt après.

― Par ici ! indiqua Mortimer en pointant une lueur à quelques dizaines de mètres devant lui. On va l’avoir !

Pyrus arriva le premier. Mortimer, le visage pourpre et à bout de souffle, le rattrapa juste à temps pour le voir grogner contre une sorte de panier. Les griffes de Pyrus raclaient et s’enfonçaient furieusement dans le sol. Il semblait retenu par une main invisible. Alors d’un seul coup de ses dents, le Canicrodilosaure se coupa net le bout de la queue. Enfin libéré, il se retourna vers le panier et referma sa mâchoire sur un objet blanc qu’il se mit à dévorer.

― Lâche ça ! hurla Mortimer.

Joignant le geste à la parole il se précipita pour saisir l’objet qui dépassait encore de la gueule de Pyrus. Il tira si fort qu’il se retrouva sur les fesses, serrant dans son poing ce qui restait du feu-follet !

― Espèce de goinfre ! Tu as dévoré mon feu…

La fin de la phrase resta bloquée dans sa gorge quand il réalisa qu’il tenait seulement un morceau de papier, encore humide de salive. Il n’en restait pas grand chose, à peine une bande large comme deux doigts avec la boucle d’une lettre écrite à l’encre violette.

En revanche le panier contenait quelque chose de bien plus précieux qu’une feuille de papier gluante.

― Mer… lin !

C’est tout ce qui vint à l’esprit de Mortimer à cet instant.

Il fixa le panier un instant, se releva et s’approcha doucement. Il avança sa main lentement vers l’occupant de ce panier et appuya son index dessus. Il appuya une seconde fois.

― C’est un vrai ! s’exclama-t-il. Pyrus ! C’est un vrai !

Mais le canicrodilosaure essaya seulement d’attraper le reste du morceau de papier. Mortimer, agacé, retira sa main d’un geste vif.

― Tu ne crois pas que tu en as assez fait pour aujourd’hui ? Ce papier contenait peut-être un message important. C’est même certain. Aie, aie, aie ! Farewell et les autres ne vont pas être contents c’est sûr. Et c’est encore sur moi que ça va retomber.

Mortimer pensa un instant jeter tout simplement le reste de la feuille de papier. Personne n’en saurait rien. Puis il se ravisa en secouant la tête. Bien sûr que Farewell ou Berthold se douteraient de quelque chose. Pas moyen de leur cacher quoi que ce soit à ces deux là !

Tant pis !

Pyrus, de son côté, n’avait que faire de l’avis de Farewell et des autres. Il se contenta de lécher ses babines et sa toute nouvelle cicatrice. Il faudrait au moins trois semaines pour que sa queue repousse complètement, mais la salive des Canicrodilosaures stoppait la douleur et accélérait la cicatrisation. Elle avait été longtemps utilisée comme médicament à Toupourlamagy avant que la race des Canicrodilosaures ne s’éteigne. Maintenant tout le monde allait à la pharmacie.

Mortimer se releva et regarda longuement du côté de cette bâtisse qu’une brume enveloppait été comme hiver. Il empocha le morceau de papier, souleva le panier et son locataire endormi, et se dirigea vers la Haie. Il avait des choses à raconter !

Martin Contremage. Chapitre 1

Published on Martin Contremage

Comment on this post