Hiver Minimus et le Cristal de Gertabor

Published on by Robert Dorazi

Le début d'Hiver Minimus et le Cristal de Gertabor, la seconde aventure du jeune sorcier de la banquise 46! Accrochez vous et n'oubliez pas de retenir votre respiration...

Quand Hiver rejoignit son père, celui-ci était assis sur un siège de glace moulé juste pour ses fesses. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait au rythme de ses ronflements, et un filet de salive glacée s’accrochait au coin de sa bouche. Son menton reposait sur sa main gauche tandis qu’il tenait une canne à pêche de sa main droite. Le fil pendait au-dessus d’un trou dans la banquise, et un albatros attendait juste à côté.

― Bonjour p’pa ! lança Hiver, les mains dans les poches. J’ai dit BONJOUR P’PA !

― Quoi ?… s’écria Surgelo en sursaut. Non ! Ne pars pas… Oh ! Je faisais un rêve, enfin… un cauchemar. Il y avait cette jolie sorcière… cette horrible sorcière des glaces avec sa grande bouche et ses bras, tous ses bras…

Il jeta un regard noir vers ce fils qui venait le réveiller alors qu’il était sur le point d’obtenir un rendez-vous avec une sorcière à six bras.

― Alors ça mord, p’pa ? Depuis quand est-ce que maman est sous l’eau ? demanda Hiver.

Surgelo jeta un coup d’œil à ses pieds.

― Si j’en crois la taille du bloc de salive glacée, je dirais une heure et demi, répondit-il.

Hiver fixa la ligne qui plongeait dans les profondeurs de la banquise 46, et sourit à son père.

― Ça veut dire que maman a battu son dernier record de plongée de dix sept minutes ! dit-il avec fierté. Mais maintenant il faudrait peut-être la remonter, tu ne crois pas ? Elle doit avoir attrapé assez de poissons !

L’Albatros remua ses ailes couvertes de glace en pensant à son futur repas, mais Surgelo hésita. D’un côté il voulait vraiment bien manger pour le dîner de ce soir, et il avait bien besoin des arêtes pour terminer sa maquette. D’un autre côté, après une heure trente sous l’eau, c’est vrai que Frigida devait commencer à manquer d’air !

Il rembobina donc la ligne pendant seulement cinq minutes car la banquise n’était pas très profonde à cet endroit. Et au poids qu’il était en train de remonter, Surgelo comprit qu’il allait se régaler.

― N’y pense même pas, lança t-il à l’albatros qui avait enroulé sa serviette autour de son cou, et qui aiguisait ses fourchettes. Chacun pour soi !

Lorsque Frigida émergea enfin, brisant au passage la glace qui commençait à reboucher le trou, son bec était rempli à ras-bord de poissons de toutes sortes, de calamars et même d’une bouteille de ketchup en prime. Frigida appelait cette méthode de pêche, la pêche-pélican, et elle pouvait faire pousser un bec gigantesque au milieu de son visage quand il le fallait !

Le seul inconvénient c’est qu’il lui fallait toujours une bonne demi-heure pour dégeler complètement quand elle revenait de dessous la banquise. Et ça la mettait de très mauvaise humeur !

De retour chez lui Surgelo s’aperçut que tout à sa joie de ramener le dîner en plus de Frigida, il avait oublié sa canne et son fauteuil.

Hiver se proposa d’aller les chercher.

Lorsqu’il rejoignit le trou de pêche, il surprit Bouledeblanc en train de mâchouiller une grosse nageoire qui dépassait de la banquise, juste à côté du trou.

Soudain la nageoire se redressa comme un éclair et envoya l’ours valser.

Bouledeblanc sait voler même sans tapis maintenant ! pensa Hiver en le regardant retomber sur la banquise plusieurs mètres plus loin.

― Espèce de grosse patate ! s’écria une jeune fille en se redressant. Tu ne comptais quand même pas te remplir l’estomac avec moi ? Est-ce que j’ai une tête de phoque ?

Hiver n’en crut pas ses yeux. Bouledeblanc avait voulu manger une fille !

Lorsqu’elle aperçut le jeune sorcier des glaces, la fille roula ses bras autour de son torse en ouvrant tout grands sa bouche et ses yeux.

― Retourne-toi ! Tu ne vois pas que j’ai perdu ma chemise ? lui cria t-elle en rougissant.

Hiver se retourna et regarda attentivement partout devant lui.

― Ta chemise n’est pas de ce côté non plus, lui dit-il finalement.

Il était sur le point de se retourner encore une fois mais la jeune fille l’arrêta.

― Ne regarde pas, je te dis ! Et la galanterie alors ? Passe-moi ton T-shirt. Et sans te retourner !

Hiver ôta son T-shirt préféré, celui qui n’avait que trois trous, et le lança derrière lui. La fille l’attrapa au vol.

― C’est bon ! Tu peux te tourner maintenant, dit-elle enfin.

Elle était assise, et le T-shirt trop grand tombait jusque sur sa nageoire. Hiver s’approcha en souriant. Il ne passait pas souvent de fille aux cheveux jaunes et à la peau blanche dans le coin.

― Tu vas avoir du mal à marcher avec ta robe, lui dit-il.

La jeune fille le regarda d’un drôle d’air, puis décida qu’il était sérieux et poussa un soupir.

― Stoupidou ! s’écria-t-elle (ce qui voulait dire « idiot » en langage de fille.) Ce n’est pas une robe, c’est ma nageoire. Une nageoire de sirène. Je suis une sirène. Tu le fais exprès ou quoi ? Je me suis échouée sur cette banquise. Et maintenant le trou par lequel je suis venue est complètement bouché par la glace.

― C’est mon père qui l’a foré, pour pêcher. Il vient toujours ici pour attraper le poisson, mais il n’avait jamais pris de sirène avant aujourd’hui, dit Hiver.

― Il fait rudement froid chez toi, répondit la sirène en claquant des dents. Eh bien ! Ne reste pas planté là. Ramène-moi chez toi. Tu ne vas quand même pas me laisser geler ici, non ?

À vrai dire l’idée avait traversé l’esprit d’Hiver. Cette sirène ne cessait pas de se plaindre. D’abord elle avait attaqué ce pauvre Bouledeblanc, ensuite elle lui avait pris son meilleur T-shirt, et maintenant elle voulait sûrement lui voler sa télévision satellite !

― J’ai un igloo pas loin. Tu as la télé chez toi ? demanda t-il.

― Et qu’est ce que je ferais d’une télé ? Je suis une sirène. Tu crois peut-être qu’on regarde Starsky et Hutch sous l’eau ?

Comment est-ce qu’Hiver aurait pu le savoir ? Il habitait sur la banquise 46, pas sous l’eau !

― Bon d’accord. Suis-moi ! lui dit-il.

Maintenant qu’il savait qu’elle n’en voulait pas à sa télévision il pouvait bien lui faire visiter son igloo.

Il tourna les talons, fit quelques pas, puis se retourna à nouveau vers la sirène. À son grand étonnement elle n’avait pas bougé.

― Tu ne viens pas ? lui demanda-t-il.

― Je suis collée ! se plaignit la sirène. L’eau a gelé, et ma nageoire s’est soudée à la banquise. De toutes façons il va falloir que tu me portes. Je ne peux pas marcher. Je suis une SIRÈNE ! Je nage, je ne marche pas.

― Moi aussi je nage, mais je marche aussi ! répondit Hiver.

Il revint tout de même sur ses pas, et prit la sirène par le bras. Il tira pour essayer de la dégager, mais elle poussa un cri.

― Ça fait trop mal. Je t’ai dit que ma nageoire est collée !

Hiver soupira puis fouilla ses cheveux. Il en sortit sa baguette magique, murmura quelques mots, et une scie vivante apparut qui découpa la glace tout autour de la sirène.

― Bouledeblanc ! appela-t-il.

La sirène eut un mouvement de panique, mais Hiver fit apparaître une corde, accrocha une extrémité au cube de glace sous elle, et enroula l’autre extrémité autour de Bouledeblanc.

― Allez tire ! ordonna-t-il à l’ours.

Ainsi allongée sur son traîneau de glace, et tirée par Bouledeblanc, la sirène suivit Hiver jusqu’à son igloo. Mais elle ne quitta pas l’ours de l’œil. En retour Bouledeblanc regarda en arrière plusieurs fois pour contempler cet étrange poisson qui aurait bien fait son dîner !

Hiver Minimus et le Cristal de Gertabor

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