Hiver Minimus et l'Etrange Disparition du Mage Servile

Published on by Robert Dorazi

Voici le début de la troisième aventure d'Hiver Minimus. Le mage Servile, le plus grand sorcier des glaces, et celui qui enseigne la magie à tous les autres, a disparu. C'est bien sûr Hiver et ses camarades qui doivent le retrouver. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu'il y parait. Régalez-vous

Comme souvent depuis quelques mois maintenant, Hiver s’entraînait à faire des acrobaties sur son surf des neiges. Il avait sculpté un gigantesque looping de glace qui ressemblait à une suite de quatre boucles reliées les unes aux autres. S’il allait assez vite, il pourrait faire le tour des quatre boucles d’un seul coup, la tète en bas et sans tomber. Ça c’était du sport !

Pour prendre encore plus de vitesse il s’élançait du haut d’un glacier en pente situé juste devant son looping. Il avait fallu du temps pour faire pousser ce glacier, mais aujourd’hui tout était prêt pour l’exploit !

À l’intérieur de la cuisine, Surgelo attendait en prenant son petit déjeuner. Il s’était levé très tôt ce matin pour entendre de ses propres oreilles ce qui allait suivre. Il entendit Hiver pousser son cri de guerre, comme chaque fois qu’il s’élançait.

― GLACEEEEZZZ-VOUUUUS !

Surgelo compta les secondes en remuant son thé glacé. Puis il y eut un bruit sourd et la maison trembla sur ses fondations.

Encore mieux que dans mon rêve ! pensa Surgelo avec une petite grimace de douleur feinte.

Frigida s’engouffra dans la cuisine.

― C’est un tremblement de banquise ! s’écria t-elle.

Mais Surgelo ne perdit pas son calme.

― Mais non, mais non, dit-il. Ce n’est rien mon petit cône vanille ! Là. Tu vois ? C’est déjà terminé. C’est une belle journée qui commence.

Puis comme si rien ne s’était passé, il reprit la lecture de son journal tandis que Frigida le fixait d’un air soupçonneux. Et elle avait raison car quelques minutes plus tard, Hiver entra en titubant. Il portait une bosse grosse comme un faux œuf de baleine sur le front, mais il avait un sourire béat sur le reste du visage. Ce qui ne manqua pas d’inquiéter Surgelo ! Ce sourire n’était pas prévu.

― J’ai réussi ! s’écria Hiver. J’ai tourné autour des quatre boucles d’un seul coup. Mais je n’ai pas compris ce que ce mur faisait au bout de ma piste de glissade. Je l’ai explosé ! Les morceaux de glace ont volé partout. Vous auriez dû voir ça ! Un morceau est même entré par la fenêtre de votre chambre.

Surgelo eut alors une vision d’horreur et un mauvais pressentiment (tout ça en même temps), puis se rua dans les escaliers qui menaient à sa chambre. Il les grimpa quatre par quatre. Il fut en haut en quatre pas (vous pourrez facilement calculer le nombre d’escaliers !)

Dans la cuisine, Hiver et Frigida l’entendirent alors crier. Un cri à glacer le sang, comme disent les humains ! Mais comme les sorciers des glaces ont déjà le sang très froid, ce fut un cri à faire blanchir un manchot.

En fait, la seule fois où Surgelo avait crié de cette façon, c’était le jour où Hiver avait cru qu’une limace carnivore et poilue essayait de manger la lèvre supérieure de son père pendant qu’il dormait. Hiver avait pris son courage à une main et avait arraché la limace d’un seul coup de son autre main. Il n’avait pas compris pourquoi son père s’était mis dans une colère noire en hurlant alors qu’il venait de lui sauver la vie ! Ce n’est que quelques années plus tard qu’Hiver avait réalisé que son père portait une moustache.

Mais, comme nous allons le voir, aujourd’hui ce n’était pas à cause de sa moustache que Surgelo venait de hurler.

Il redescendit les escaliers cette fois un par un et même un demi par un demi, les yeux hagards. Dans ses bras il tenait un énorme amas de petits bâtons jaunâtres qui ressemblaient à des allumettes. Mais les sorciers de glaces n’utilisent pas beaucoup d’allumettes. Ce n’était donc pas des allumettes.

― Oh p’pa ! Tu as cassé ton village en arêtes de poisson. C’est dommage, il était vraiment beau, se désola Hiver.

― Trois cent quatre vingt sept mille cinq cent trente deux arêtes ! Presque vingt mille poissons de toutes sortes. J’ai dû avaler presque vingt mille poissons POUR CONSTRUIRE CE VILLAGE ! Il n’en reste rien. Rien, sanglota Surgelo. Dix ans de travail et d’indigestion et lui, avec un seul bloc de glace il a tout détruit.

Surgelo parlait d’Hiver quand il disait « lui. » Puis il serra le tas d’arêtes contre lui, comme s’il s’agissait d’un trésor.

Quand Hiver aperçut les yeux rouges de son père, il décida d’aller voir ailleurs si la neige était plus blanche. Ce n’était jamais bon signe quand les yeux de Surgelo étaient rouges comme ça. Un dangereux sortilège pouvait s’échapper à tout moment de ses doigts (ou de n’importe quelle autre partie de son corps d’ailleurs !)

*

Le soir venu Surgelo décida d’organiser un tour de garde devant la chambre d’Hiver. Il n’en sortirait pas avant d’être majeur et même vieux ! Il fit les cents pas devant la chambre du dangereux petit sorcier des glaces qui dormait à l’intérieur.

Quand Frigida se leva le lendemain matin Surgelo dormait debout mais il faisait toujours les cents pas. Il n’était pourtant pas somnambule. Elle le conduisit dans la cuisine et en profita pour vérifier qu’Hiver était toujours dans son lit. Seule sa tignasse noire dépassait de la couverture. Ce qui ne manqua pas d’étonner Frigida car la nuit avait été chaude et Hiver n’était pas frileux. Elle avança et bouscula un peu son fils. Mais tout ce qu’elle trouva sous la couverture, ce fut deux oreillers et une drôle de touffe noire.

Ce fut son tour de hurler comme si elle venait de revoir le fantôme de son aïeul, celui qui n’était pas encore mort.

Elle se rua dans la cuisine et se mit à secouer Surgelo comme si elle voulait faire tomber toutes ses puces polaires.

― Qu’est-ce que tu as fait à mon fils ! Qu’est-ce que tu en as fait ? cria t-elle.

Surgelo termina de se réveiller.

― Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? demanda t-il ? De qui est-ce que tu parles ? Ah oui ! Hiver. Mais il est dans sa chambre. Je l’ai gardé toute la nuit.

― Je sais qu’il est dans sa chambre ! Mais tu l’as métamorphosé en oreiller ! Va le rechanger immédiatement ! JE VEUX MON FILS !

Frigida était une mère, donc elle oubliait facilement tous les soucis que lui avait causés Hiver pour ne se rappeler que des bons moments (elle avait une très bonne mémoire.) Elle voulait son fils, un point c’est tout.

Mais Frigida n’avait jamais lu de romans policiers comme celui qu’Hiver avait trouvé dans la valise qui avait failli lui tomber sur la tête. Elle ne savait donc pas que les deux oreillers sous la couverture étaient une ruse d’Hiver pour s’échapper sans être vu. La même ruse qu’il avait lu dans ce roman policier.

Quand il eut les idées complètement claires, Surgelo rassura sa femme en lui rappelant un très vieux souvenir.

― Tu sais très bien que le jour où le mage Servile a enseigné le sortilège de l’oreiller, j’étais absent ! Et toi non plus tu n’étais pas à la leçon du mage puisque tu étais avec moi ! dit-il.

Et Frigida, bleuissant (puisque les sorciers des glaces ne peuvent pas rougir), se rappela ce jour où elle avait fait l’école buissonnière avec Surgelo.

― Oh ! Sois sage, lui dit-elle, des millions d’enfants sont en train de lire ce que tu dis ! Mais alors, qui a changé Hiver en oreiller ?

― Je ne sais pas, mais il manque deux coussins sur le canapé du salon, répondit Surgelo.

Frigida n’entendit pas et décida qu’ils devaient aller voir le mage Servile. C’était le seul capable de rendre sa forme normale à Hiver. Et malgré les suppliques de Surgelo qui ne voyait pas d’inconvénient à avoir un fils en forme de coussins, Frigida l’entraîna jusqu’à la maison de Blizarion, le conducteur de traîneau officiel de la banquise 46.

Le mage Servile habitait en effet la gare de la banquise 21. Eh oui ! Il y avait une gare au pôle Sud. Avec ses rails de glace qui partaient de la gare et arrivaient sûrement quelque part. Mais c’était une gare sans train depuis qu’un jour le train était parti et n’était jamais revenu !

Comme les sorciers des glaces ne voyageaient pas souvent en train, personne n’avait essayé de le retrouver, il faut bien l’avouer. Et puisque la gare était restée vide, le mage et ses prédécesseurs s’y étaient installés. Il y avait de la place, et le loyer était vraiment très bas.

Hiver Minimus et l'Etrange Disparition du Mage Servile

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