Extrait Hiver Minimus et l'Ecole de Basse-Couture

Published on by Robert Dorazi

Je vous livre le debut de la premiere aventure d'Hiver Minimus, intitulee Hiver Minimus et l'Ecole de Basse-Couture. Bonne lecture, et n'hesitez pas a commenter!

Les yeux encore mis-clos, Hiver Minimus s’approcha de la fenêtre de son igloo pointu. Un igloo qu’il avait construit lui-même, sans utiliser sa magie ou presque parce qu’il est difficile de faire entrer un distributeur de bonbons acidulés et une piste de bowling par une porte autrement qu’avec un sortilège !

À peine Hiver avait-il passé la tête aux travers des barreaux de la fenêtre que des glaçons poussèrent sur ses cheveux en bataille. Il secoua la tête pour s’en débarrasser, puis renifla bruyamment.

― Il fait plutôt chaud aujourd’hui ! dit-il en s’étirant.

Hiver avait raison. Dehors, la température frôlait les moins 29 degrés. Presque un été pour ce petit sorcier des glaces.

Il se mira dans une des briques de l’igloo pour vérifier que ses yeux et sa peau étaient toujours bleus, et surtout que ses dents étaient toujours blanches. C’était un réflexe chez tous les sorciers des glaces ! Sauf chez Bruton Beldent qui avait perdu toutes les siennes en se battant avec des trolls, et chez sa sœur Gélatinas, qui imitait toujours Bruton. Quant à Cléo Citron, elle savait qu’elle avait les dents jaunes, ce qui était très rare. C’est pourquoi elle souriait à tout le monde, même aux manchots qui ne la regardaient pas.

Hiver vérifia également que sa baguette magique était toujours bien cachée dans la jungle de ses cheveux noirs. Il était fier d’être le seul sorcier des glaces à la cacher à cet endroit.

Il enfila son costume de semaine, et chaussa ses sandales antidérapantes. Il trempa un doigt dans son bol pour faire fondre le jus de carottes polaires qui lui servait de petit déjeuner, puis se pencha sur un échiquier et bougea un pion en C6.

― À toi de jouer, Bouledeblanc !

Dans le coin de l’igloo, l’ours blanc à qui Hiver venait de s’adresser semblait dormir. Hiver avait trouvé Bouledeblanc un an plus tôt, au fond d’une crevasse, seul et affamé. Alors il l’avait ramené dans la maison de ses parents. Mais sa mère, qui s’appelait Frigida, et qui était bien-sûr une sorcière des glaces elle aussi, l’avait aussitôt jeté dehors à coup de pied au derrière. C’est à dire qu’elle avait jeté Hiver dehors à coup de pied au derrière ! Puis elle avait réexpédié l’ourson là d’où il venait, au fond de sa crevasse, avec un seul sortilège. Frigida était une sorcière douée pour ce genre de sortilèges.

Deux heures plus tard, Hiver avait de nouveau ramené Bouledeblanc chez ses parents, évitant le coup de pied au derrière de justesse cette fois. Ce n’était pas que ça faisait si mal que ça (Frigida n’était ni très grande ni très forte), mais quand même !

― Bon d’accord ! avait dit Hiver. Je ne peux pas garder un ours blanc à la maison. Mais alors je peux l’installer dans un igloo.

― C’est un ours polaire ! Les ours polaires ne vivent pas dans les igloos. Et un ours polaire, ça grandit. Ça grandit et ça grossit énormément ! avait répondu Frigida.

― Alors je construirai un énorme igloo, voilà tout !

C’est donc ce jour qu’Hiver avait commencé à construire son igloo. Deux jours plus tard, en se réveillant, il avait mystérieusement trouvé des barreaux à la fenêtre. Il pensa que c’était une farce de cette chipie de Lorepure ! Quant à Bouledeblanc, malgré les jours et les semaines qui passaient, malgré tous les poissons qu’il dévorait, et même s’il avait entièrement avalé le cachalot couronné qu’Hiver avait congelé par mégarde, il restait toujours un ourson. Il ne grandissait pas d’un centimètre et ne prenait pas un seul kilo. Ça avait peut-être quelque chose à voir avec le sort que lui avait lancé Hiver pour le faire entrer par la porte de l’igloo…

*

Lorsque Hiver entra dans la cuisine de sa mère ce jour de novembre, attiré par l’odeur de pieuvre au poivre, il ne savait pas qu’une surprise l’attendait. Surgelo, son père, courait d’une pièce à l’autre, chassant un des tentacules de la pieuvre qui tentait d’échapper au chaudron magique de congélation encore fumant. Mais ce n’était pas la surprise.

Frigida aiguisait un couteau en os de phoque sur l’ongle de son pouce gauche. Elle demanda à Hiver de dresser la table. Pendant ce temps Surgelo avait enfin rattrapé le tentacule qui essayait maintenant de l’étouffer, et qui aurait sûrement réussi si Frigida n’avait pas lancé son couteau au bon moment et surtout au bon endroit !

― Cesse donc de faire le pitre avec la nourriture, Surgelo ! grogna t-elle. Et remets donc ce tentacule dans le chaudron. On va passer à table.

Hiver termina de poser les couverts sur la jolie nappe de coquillages et s’assit sur son fauteuil de poissons compressés. Il n’aimait pas trop la pieuvre au poivre, mais il aimait encore moins faire la cuisine tout seul alors il se força à avaler un tentacule entier. Puis un deuxième. Tout de même, il refusa de finir le troisième.

C’est au dessert qu’Hiver reçut enfin sa surprise.

Frigida lui montra le journal qu’elle tenait encore dans sa main. Elle avait entouré de rouge un article que lui avait montré Surgelo. C’était l’offre d’une école française qui se proposait d’accueillir gratuitement des enfants pour leur faire visiter le pays tout en leur dispensant quelques cours de couture. Ce qui avait embêté Frigida ce n’était pas les cours de couture (ça peut toujours être utile même au Pôle Sud) mais les lignes écrites en petits caractères et en chinois, qui disaient :

Nous ne pouvons pas garantir que vos enfants reviendront en bonne santé, ni même qu’ils reviendront tout court, mais nous pouvons offrir une police d’assurance gratuite contre les disparitions de toutes sortes.

Surgelo pensait que c’était une bonne idée d’assurance puisque c’était gratuit. Il pensait aussi qu’il avait de la chance de vivre avec une sorcière qui possédait de si bons yeux et qui lisait le Chinois. Frigida hésitait encore à confier son petit… son petit quoi d’ailleurs ? Comment appelait-on les enfants des sorciers de l’Antarctique ?

Alors elle en avait discuté avec Surgelo toute la nuit comme un couple de sorciers normaux. Et comme un couple de sorciers normaux ils s’étaient lancés au visage une pile d’assiettes qui ne servaient qu’à ça, les fourchettes du service à fondue, deux ou trois couteaux et quelques briques de glace. Rien de bien méchant, et surtout rien qui laissait trop de traces sur leurs deux visages.

Ils avaient finalement décidé d’envoyer Hiver en France, mais de ne pas prendre l’assurance.

― Qu’est-ce que tu dirais d’aller à l’école ? demanda Frigida.

― À l’école ? Mais qu’est-ce que c’est que l’école ? demanda Hiver.

― C’est une sorte d’igloo où tu apprendras des tas de choses.

Hiver ouvrit de grands yeux et cessa de lécher son sorbet aux algues marines.

― Mais je sais déjà tout ! dit-il. Qu’est-ce que je pourrais bien apprendre ? Je sais utiliser ma baguette magique et je sais construire un igloo pour les ours polaires. Tu peux venir vérifier.

― Si tu sais déjà tout, tu apprendras le reste. Par exemple tu apprendras qu’il n’y a pas d’ours polaire au Pôle Sud ! répondit Frigida.

Hiver se tourna vers Bouledeblanc, puis dévisagea Frigida. Il fouilla sa tignasse d’où tombèrent une ou deux crevettes déjà sèches et quelques autres bibelots du même genre.

― À part Bouledeblanc bien sûr, ajouta Frigida. Mais tous les ours polaires ne voyagent pas en tapis volant avant de venir s’écraser ici !

― Comment est-ce que tu sais qu’il est venu en tapis volant ?

― Et comment crois-tu que j’ai récupéré le nouveau tapis sous la table du salon ? demanda sa mère.

― Je préférais l’ancien, répondit Hiver.

― C’est pour ça que tu y as mis le feu trois fois, dit Surgelo dont la moitié de la moustache avait été emportée par le dernier incendie.

Extrait Hiver Minimus et l'Ecole de Basse-Couture

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