Eric Zemmour

Published on by Robert Dorazi

Eric Zemmour. Ah, Eric ! Errrriiiicccc!

Je vais te tutoyer, Eric, et j'espère que tu ne m'en voudras pas. Depuis deux ou trois semaines, voilà que tu caracoles en tête des ventes, que ce soit en librairie ou sur Amazon. Vendre plusieurs centaines de milliers de livres de nos jours, cinq cent mille annonce même ton éditeur, voilà qui n’est pas banal lorsqu’on ne s’appelle ni Guillaume Musso, ni Marc Levy, et encore moins Katherine Pancol ou Valérie Trierweiler ! Parce que tu n’écris pas de romans à l’eau de rose et tu n’as pas couché (ou en tous cas tu l’as bien caché petit vilain) avec un ancien ou un nouveau président de la république.

Alors comment expliquer ce succès ? Parce que tout de même, Eric, tu écris des choses assez dures à lire. Des choses qui font sursauter beaucoup de gens, mais pas moi

Je ne parlerai pas des passages sur Vichy puisque je ne suis pas historien, et que ce qui m’insupporte plus que ce que tu as pu écrire à ce propos (en fait ça ne m'insupporte pas), ce sont les réflexions des nombreux internautes qui, pour la plupart, ne connaissent de cette période qu’une ou deux phrases qu’ils ou elles on apprise à l’école, tout comme moi. Des phrases du genre « Vichy a fait du mal aux juifs », « Vichy a aidé les nazis », « Vichy est le mal incarné. » J’ai entendu ça et, pour être honnête, ça m’a suffit. Je vis très bien avec cette image d’un régime pourri qui a gouverné ce qui restait de la France durant l’occupation, avant d’être balayé en 1944. Pourtant je sais bien que ce ne serait pas suffisant pour tenir un débat avec des historiens, ceux qui sont formés pour lire les documents officiels et les autres documents, ceux qui disent parfois une autre histoire. Ces historiens ont répondu, et continueront à répondre à ce que tu as écrit. Ils ou elles pourront présenter leurs versions qui seront étayées par des milliers de documents, par des milliers de témoignages directs ou indirects. Ils ou elles pourront argumenter avec toi, débattre, même à distance, réfuter, confirmer ou simplement corriger certains points (qui ne seront pas des points de détails) que tu aurais soulevés. Aussi je vais leur laisser cette tâche qui peut souvent se révéler ingrate, longue et fastidieuse. Car il faut bien avouer que, bien souvent, peu de gens y font attention. Ce siècle n’est pas le siècle du « prendre son temps », du « faire une analyse poussée et non caricaturale. » C’est surtout le temps du « jetable » et du « tout et tout de suite, on fera le tri dans un siècle ou deux. » Et si tu vends cinq cents mille livres, ces historiens, eux, toutes et tous réunis n’en vendront probablement pas cinquante mille. Ça peut paraître injuste mais c’est comme ça.

Là où je peux, en revanche tout comme n’importe qui d’autre, être en désaccord avec toi, c’est sur une bonne partie du reste.

Par exemple sur ta misogynie.

Il n’est pas besoin d’avoir fait de longues études pour dire que parfois tu exagères vraiment beaucoup (parfois même trop.) Et crois-moi, je suis loin d’être un féministe acharné. Je serais même plutôt un peu macho, comme la plupart des hommes nés dans les années soixante. J’ai grandi dans une société clairement patriarcale, et bien sûr ça ne m’a jamais vraiment embêté. Ou plutôt je n’ai jamais vraiment eu l’impression que mes copines de classe étaient moins bien traitées que moi. On vivait tous plus ou moins dans le même milieu ouvrier donc filles ou garçons, on avait tous plus ou moins le même genre de fringues. Je veux dire que les garçons s’habillaient plus ou moins comme ils voulaient et les filles aussi, autant que je pouvais le voir. Certaines portaient des pantalons, d’autres des robes ou des jupes. Certaines se maquillaient, d’autres non. Je n’ai jamais entendu parler d’un grand frère qui aurait menacé sa sœur si jamais elle osait aller au collège ou au lycée en jupe ou s’il la surprenait à embrasser un garçon. Bien sûr il est probable que j’avais tort.

Donc tout ça pour dire que je n’avais pas l’impression de faire partie de la caste des oppresseurs. C’est surtout plus tard, en lisant toutes les statistiques sur le pourcentage de femmes PDG, le pourcentage de femmes députées ou ministres, le pourcentage de femme ici ou là, la différence de salaires (et je parle en temps que chômeur de longue durée et approchant la cinquantaine) entre hommes et femmes, etc… que j’ai bien dû me résoudre à accepter l’idée en effet que la femme n’est pas l’égale de l’homme partout.

Alors je suis un peu comme toi, depuis quelque temps, en regardant la télévision (j’ai du temps) j’ai l’impression de ne tomber que sur des films pourris qui racontent le plus souvent des histoires nian nian où les femmes tiennent les premiers rôles. Je ne les regarde pas. Mais pour être honnête, je ne regardais pas vraiment les films pourris qui passaient il y a cinq ou dix ans et qui racontaient des histoires nian nian où les hommes tenaient les premiers rôles. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’il devait forcément y avoir une solidarité masculine. Quand j’aime, j’aime. Quand je n’aime pas, je n’aime pas.

Tu as parlé du feuilleton Hélène et les garçons pour illustrer une féminisation de la société. Et bien je serai sur ce point beaucoup plus méchant que toi. Ce feuilleton, ou ce soap opéra à la française, ce n’était pas une illustration de la féminisation de notre société. C’est tout simplement une illustration de la médiocrité qui s’affiche parfois dans notre poste de télévision. Ce feuilleton n’était pas une caricature de la masculinité, c’était juste une série formidablement inintéressante, une caricature tout court.

Je crois que tu as tort en parlant de féminisation de la société. C’est tout simplement un rattrapage. Pour parler de féminisation il faudrait pour cela que la société ait été plus ou moins égale ces trente ou cinquante dernières années. Or, tu le sais mieux que moi, ce n’est pas vrai. La société était bien masculine, dans presque tous les domaines (pas tous, j’en sais quelque chose.) Depuis quelques années elle devient un peu moins masculine, c’est tout. Et bien sûr toi et moi, nous avons l’impression d’être submergés par le féminin. C’est faux, on est juste un peu moins submergé par le masculin.

Et si la GPA devait arriver (elle est déjà arrivée) ce n’est pas au travers du mariage pour tous (le mariage c’est ringard de toutes façons) mais bien parce que dans les années soixante des médecins ont réussi les premières fécondations in vitro, et parce que la science permet et permettra des tas de choses. Tu ne veux même pas savoir ce qui arrivera dans cinquante ou cent ans ! Mais je vois bien des greffes d'utérus chez des hommes. Ce serait presque un pied de nez aux féministes extrêmes, meme si j'imagine que tu ne vois pas les choses ainsi (et c'est normal.)

Un dernier point, à propos de McCarthy et de son plug. Je dois avouer que j’ai été assez d’accord avec ce que tu as dit sur le plateau de Ça se discute. Rien ne justifie d’agresser une personne comme cela est arrivé cette semaine. Et je veux bien croire que McCarthy est un artiste qui vend ses œuvres très cher. Cela dit, pour faire un peu d’humour, son plug est arrivé dégonflé, il serait reparti dégonflé aussi. Celui ou celle qui a stoppé la machine à air comprimé qui maintenait la « sculpture » en érection, a juste tenté un « happening », et après tout le happening est aussi une manifestation très prisée des artistes contemporains, non? Je crois sincèrement que n’importe qui pourrait dessiner n’importe quoi, en faire une sculpture gonflable de 25 m de haut, l’exposer au milieu de Paris, ou à l’intérieur du château de Versailles et voir des milliers de badauds venir regarder tout en se posant des milliers de questions existentielles (j'ai lu que Duchamps n'avait pas fait autre chose avec son urinoir. Il voulait surtout se moquer d'une exposition d'indépendants.) Donc tout le monde est un artiste contemporain subversif. Et il suffirait de bien choisir la forme de la sculpture pour en plus devenir un artiste contemporain subversif et provocateur.

Toi par exemple, Eric, avec ton livre de vingt centimètres de long et de quinze centimètres de large, tu as quand même provoqué un beau bazar ! Et bien te voilà promu artiste contemporain subversif et provocateur ! Ça doit te faire rire, non ?

Tu l’as bien compris, je ne suis pas d’accord avec beaucoup de ce que tu dis ou de ce que tu écris, mais au moins on peut s’accrocher avec ce que tu dis, Ce n’est pas lisse, ce n’est pas insipide, ce n’est pas une succession de portes ouvertes qu’il faudrait quand même enfoncer. Et je continue à suivre les débats que tu peux avoir avec Nicolas Domenach, qui parfois te contre bien, parfois un peu moins bien. Lui aussi devrait écrire un livre où il essayerait d’oublier un peu le préchi-précha pour dire ce qu’il pense vraiment. Parce que parfois j’ai l’impression qu’il dit des choses juste pour dire le contraire de toi. C’est peut-être dommage. J'ai vécu deux ans aux USA et la meilleure chose qu'on puisse rapporter de là-bas, c'est une vraie liberté d'expression. Pas l'ersatz qu'on nous sert ici. Pouvoir dire ce qu'on pense même si c'est horrible ou choquant.

Et puis souviens-toi, Éric, quand on t’avait demandé qui, de l’Allemagne ou du Brésil, gagnerait le Mondial, tu t’étais trompé. Et de beaucoup. Ça arrive. Cela dit, encore une fois je préfèrerai toujours quelqu’un qui ose et se trompe, à quelqu’un qui n’ose rien et se trompe rarement (car oui, même quand on la ferme on se trompe parfois.)

Eric Zemmour

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